des emportements, des contes, des enthousiasmes, des
images, des mots de chair et d'eau femelle... Et pour mes peintures, cliquez sur la vignette ci-dessus.
Elle est toute ronde et pâle, ses yeux sont gris et bleus et bien sûr très en amande, elle sent le petit pain chaud et les herbes, elle est
ravissante et drôle, tendre et moëlleuse, c'est notre petite fille qui a un peu plus de quatre mois... En plus de tout ceci, elle a la bonne idée de me permettre de continuer à travailler. Confortablement installée près de moi ou dormante dans
son écharpe, elle me laisse créer de nouvelles images et je n'aurais jamais cru pouvoir faire tout ça avec un bébé ! Je me remets au dessin, après une remise en cause de ma peinture... Je vais apprendre l'aquarelle (j'ai besoin d'une peinture plus légère,
dans tous les sens du terme) et tenter d'approfondir ma pratique de la tablette graphique. J'ai une fringale de création et des envies picturales et graphiques à foison, les journées sont trop
courtes.
Lorsque je suis avec lui, je retrouve également le bonheur de pouvoir le regarder à la dérobée. Dérober... C'est un peu le mot juste car je me fais alors l'effet de tenter de le capturer
discrètement de mes yeux, moment de jubilation teintée de frayeur à l'idée qu'il puisse me prendre sur le fait.
Si je marche à ses côtés dans le marché odorant de couleurs et de langues étranges offertes par Barbès à la provinciale que je suis, je garde la tête bien
droite mais mes yeux parfois quittent les autres visages et le fixent et absorbent sa façon de réagir aux gens et faits qu'il croise, ce sont alors menus sourires, légère crispation en des
endroits de délicat croisement, fuite loin en avant en quête de nouvelles couleurs, brume de petit rêve éveillé dans lequel lui viennent peut-être des mots pour ses poèmes...
Dans le métro, je varie le plaisir et alors j'observe le reflet dans la vitre, son fin profil bordé des boucles noires qui se confondent avec le sombre fond du
ventre de Paris, je vois l'éclat de ses yeux au rythme des néons ; parfois il tourne vivement la tête vers moi et je sais comment lui faire penser que j'étais perdue dans le noir du
tunnel.
Quand c'est lui qui vient explorer mon univers de forêts et rivières, je le laisse souvent marcher devant moi sur le chemin trop menu pour supporter deux
personnes de front et c'est alors la joie de pouvoir le regarder sans retenue. Je me repais des longues enjambées dont il a le secret, coulées et silencieuses, de ses épaules larges, de sa nuque
et de ses cheveux au vent, fertiles des odeurs de ma terre, de ses mains aux poings souvent fermés dans lesquels je me vois parfois en imagination, toute petite et glissée nue dans l'odeur
de ses paumes graminées, transportée au rythme de ses pas.
Je dérobe aussi un peu de lui pendant son sommeil mais ceci je le garde pour moi, ses cils et ses mains et son souffle...
(Mardi 29 juin 2004)
Aujourd'hui je porte notre enfantelet qui naîtra bientôt, Iris...
Ouf, un peu d'air, avec Paprika, un peu d'imagination, aussi, de beauté et d'intelligence
créatrice. On est à mille lieues des films français aux titres mirifiques comme "Non, pas elle", "Les clés sont sur la commode" ou "Je prendrai le dernier train".
Anima Mundi, l'âme du monde, est là.
Si vous voulez en savoir un peu plus sur le fond de ma pensée, il y a ici un article par Anne-Sophie, la créatrice de la barre d'Ecolo-Info,
entre autres nombreuses activités...
J'ajoute simplement une chose : je me retrouve moins dans l'idée de développement durable que dans celle de la décroissance. Serge Latouche parle dans son livre Survivre au développement de l'histoire des pays du Sud comme rompue "par la colonisation, l'impérialisme et le
néo-impérialisme militaire, politique, économique et culturel". J'ai envie d'ajouter : par le christianisme et son culte du Un. Je souhaite donc la décroissance de l'économie pour
l'économie et j'appelle de mes vœux la croissance du nombre de nos dieux.
Encore une chose, pour rassurer ceux qui auraient la tentation de classifier l'objection de croissance parmi d'obscures sectes spiritualistes et illuminées (ça s'est déjà lu !), voici une citation magnifique de Kate Soper :
«Ceux qui plaident pour une consommation moins matérialiste sont souvent présentés comme des ascètes puritains qui cherchent à donner une orientation
plus spirituelle aux besoins et aux plaisirs. Mais cette vision est à différents égards trompeuse. On pourrait dire que la consommation moderne ne s'intéresse pas suffisamment aux plaisirs de la
chair, n'est pas assez concernée par l'expérience sensorielle, est trop obsédée par toute une série de produits qui filtrent les gratifications sensorielles et érotiques et nous en éloignent. Une
bonne partie des biens qui sont considérés comme essentiels pour un niveau de vie élevé sont plus anesthésiants que favorables à l'expérience sensuelle, plus avares que généreux en matière de
convivialité, de relations de bon voisinage, de vie non stressée, de silence, d'odeur et de beauté... Une consommation écologique n'impliquerait ni une réduction du niveau de vie, ni une
conversion de masse vers l'extra-mondanité, mais bien plutôt une conception différente du niveau de vie lui-même» (Ecologie, nature et responsabilité. Revue du MAUSS n° 17 premier semestre
2001, p. 85.)
Il existe un rapport déterminant entre la façon dont nous vivons nos images intérieures et celle dont nous vivons nos paysages naturels. Allez donc lire cet article sur Vitriol.
Voilà, je suis de retour (pour de plus amples explications, lire ma réponse aux messages du précédent article).
Rien de fulgurant à annoncer, pas de révolution personnelle, pas d'exposition dans une galerie ultra en vue, simplement une certaine mollesse du poignet et un bébé à
faire venir pour les environs du 10 décembre prochain.
Si, une barre pour votre navigateur Internet : Ecolo-Info, crée par Anne-Sophie,
c'est in-dis-pen-sa-ble, un point de rendez-vous et d'information, d'échange et de créativité !
J'ai d'abord naïvement cru que ce record de participation électorale était le reflet de la nouvelle conscience écologiste française, j'ai cru que les Français avaient compris l'ampleur des
problèmes et avaient par là-même trouvé le souffle politique qui manque à Ségolène Royal. D'ailleurs, à son sujet, et vu le chantage au vote utile dont elle a bénéficié, je me demande comment
elle a pu faire pour avoir un score si peu brillant par rapport à Sarkozy.
Je prends acte : nous sommes bel et bien dans un pays de droite, qui vote Le Pen, Sarkozy et Bayrou, joli tiercé. Tout n'est pas encore perdu et il y aura encore, réjouissons-nous, à faire le
choix entre un Parti Socialiste mollasson et une droite traditionnaliste comme Pétain n'aurait pas osé l'imaginer en 2007. A ce sujet, il est à noter qu'une des premières phrases prononcées tant
par des représentants de l'UMP que du PS est : "il faut que la France reprenne son rang mondial". Une telle phrase est de nos jours d'un ridicule criminel.
Et j'en arrive donc à la conclusion que les Français n'ont pas compris l'ampleur de ce qui nous pend au nez. L'écologie était soi-disant une nouvelle préoccupation politique et je constate ce
soir qu'il n'en est strictement rien. Un pays qui ne se préoccupe que de son "rang" mondial (en termes de pouvoir d'achat, de PIB, de prestige économique et industriel, c'est ce que recouvre ce
terme) est un pays déjà mort, un pays qui pue de l'âme. J'ai peur pour ma terre, ma planète, je me vois acculée à un choix dont l'issue ne changera que peu les données en terme d'écologie, la
question étant de choisir entre le moins mauvais et je me demande pourquoi les français n'ont pas su choisir le meilleur. C'est terrible à dire mais je pense que les gens ne pensent qu'à leur
pomme et se fichent de savoir ce qu'il adviendra de leurs propres petits-enfants du moment qu'eux-mêmes ne seront pas là pour voir "ça".
J'ai peur pour mon garçonnet de sept ans, j'ai peur pour le bébé que je porte, j'ai peur pour mes ancêtres...
Je recommande cet excellent livre : Atlas de l'écologie, de Dieter Heinrich et Manfred Hergt au Livre de poche. Il est beau, agréable à lire, précis, clair, bourré de schémas très bien faits, bref, avec lui on arrive à toucher du doigt certains mécanismes naturels souvent perturbés ou détruits par l'activité humaine. Ces problèmes écologiques sont abondamment abordés et les solutions possibles suggérées...
Je recommande aussi l'écoute de l'émission Terre à terre, sur France Culture. Dans la série sur la santé et l'environnement, il y a entre autres cette émission du 31 mars avec Gilles-Eric Seralini, professeur de biologie moléculaire et président du Conseil scientifique CRII-GEN. Elle est édifiante au sujet des OGM : le mensonge et la malhonnêteté des firmes comme Monsanto sont démontrés, la complicité de l'Etat français mis en relief.