Une œuvre d'art contemporain telle que valorisée en Europe est forcément gigantesque ou si elle ne l'est pas c'est qu'alors elle est encore plus laide. Le fin du fin étant bien entendu une géante horreur. Il y a là un plaisir de la hideur, une esthétique de l'irregardable gigantisme.
Broder éternellement sur la question du beau dans l'art me semble vain tant que c'est la laideur qui est censée "faire sens". La France, l'Allemagne ou encore l'Italie sont en ce domaine des pays particulièrement désuets en matière d'art contemporain, alors qu'ailleurs dans le monde on peut voir se côtoyer art conceptuel intelligent et illustration vive, ces trois pays-là en sont encore aux vieilles lunes : sculptures monumentales en forme de tas de presque crottes, toiles émaillées de lignes se voulant fulgurantes, tachisme de rideau de bain... C'est amusant et "nouveau" un certain temps mais au bout de quelques décennies c'est fatigant, stérile et hors sujet, pitoyable et même un peu attendrissant. Les dinosaures produisant ces inepties n'en reviennent pas eux-mêmes d'être encore portés aux nues ainsi. Rome, Paris, Venise, Milan abritent ainsi ces hideuses imbécilités imbues d'elles-mêmes, juste nourries et légitimées par un discours tout aussi vain.
Justement, le vain, le vide, parlons-en... Ce sont deux des thèmes de prédilection dans la logorrhée qui immanquablement accompagne les œuvres de cet art maintenant dépassé. Soyons clairs, je ne pense pas que le progrès dans l'art soit un enjeu indispensable à sa course dans le temps. La recherche artistique n'est pas comparable à celle de la science médicale et je ne vois pas en quoi le fait de ne se mettre qu'à gribouiller pour ne pas avoir l'air de peindre serait un progrès pour l'homme. L'art en mode brouillon assumé est un passionnant moyen d'expression supplémentaire qui manquait auparavant aux artistes mais il est inquiétant de voir qu'il est devenu un dogme, une exigence et un snobisme.
J'ai l'impression que plus les "œuvres d'art" sont indigentes plus les mots qui se déversent autour d'elles et sur elles sont nombreux, comme pour les soutenir et les étayer de pompeux arcs-boutants. Malheureusement ce sont des arcs-boutants d'air qui soulignent cruellement la légèreté voire l'inexistence artistique de ces débris d'atelier. On pourrait presque lire des critiques et des catalogues d'exposition indifféremment rapportés à n'importe qu'elle exposition, les interchanger ou les mêler, on n'y verrait que du feu. Les pluriels grandiloquents explosent, l'hystérie universitaire joue à plein, se mêlant même parfois de poésie, presque toujours de psychanalyse de fast food. Lacan, Deleuze, Artaud, Freud et consorts sont convoqués dans ces mixtures de petite cuisine pour faire des moulinets à tour de bras, hacher menus le sens de l'art et de ses œuvres. Ainsi le "rythme(s)" est toujours plusieurs (vous remarquerez cette tendance à mettre des "s" derrière chaque mot générique, ça donne une impression d'infinitude et de grandeur qui doit plaire), la constellation est omniprésente, le mouvement(s) est celui de la danse de Saint-Gui, le Corpus Doloris humain sans cesse remâché et régurgité, l'exterieur et l'intérieur toujours présents, le vide et le plein invariablement évoqués. L'universel est systématiquement invoqué, la matière et le spirituel sont des gri-gri (avec une préférence pour la matière immatérielle et désincarnée), ces pauvres vieilles divinités greco-latines - qui doivent se demander ce que diable elles viennent faire là - sont maintenant remises en selle par des gens trop intelligents pour leur accorder en dehors de leurs mots un quelconque respect. Chair, absence, tension, signifiant et signifié, fulgurance, faire sens, objet, sujet...
Les gens de culture moyenne sont impressionnés, ils sont assez cultivés pour l'être mais pas assez pour croire
qu'ils sont capables de bien comprendre. Les intellectuels sont excités à la perspective des migraines qu'ils vont pouvoir retirer d'une séance masturbatoire hygiénique. Le peuple passe à côté de
ces exercices en short fluo et casquette Mickey.

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