Lundi 13 novembre 2006
Je viens non pas de me remettre à mes pinceaux mais de commencer une nouvelle série de peintures numériques : les Bijingas (en japonais : "belles femmes").
Pour en savoir plus, vous pouvez visiter mon autre site, celui où j'expose mes créations.








par Llunet publié dans : Automne 2006 ajouter un commentaire commentaires (7)   

Dimanche 27 août 2006
Iris m'accueille en son territoire, c'est à dire que l'homme que j'aime, Léonard mon garçonnet, Micaro et moi-même, nous partons et nous installons en Cerdagne française, les articles déjà bien espacés se feront donc plus rares les quelques prochaines semaines...
A bientôt !

par Llunet publié dans : Eté 2006 ajouter un commentaire commentaires (4)   

Vendredi 16 juin 2006
Felicula était aride, même au saut du lit, après un rêve sombre et fertile, elle était incapable de trouver le moindre intérêt aux images et elle n’avait que dédain pour leur langage fait d’émotion. Elle ne leur voyait d’utilité que pour une analyse et une déconstruction des mécanismes de la société moderne. Elle les décortiquait à longueur de temps, les observait dans leur forme avec ses outils de sociologue, sans jamais s’occuper de l’obscur fond imaginal, emplie de commisération pour les gens qui se laissent happer par elles.

Ce matin là, elle décida de sortir s’acheter un croissant avant de s’attabler à son bureau pour sa matinée de travail. Une fine pluie l’accueillit au seuil du vestibule ; elle allait tourner les talons pour prendre son parapluie lorsqu’elle vit sur les marches du perron un petit papier soigneusement plié. Elle se pencha pour le prendre et vit qu’un de ses coins était attaché à un fil noir qui se poursuivait plus loin, jusque après l’angle de la rue. Intriguée, elle déplia le papier et lut : “Sépare-moi du fil et suit-le en faisant une pelote à mesure de ton avancée.


Sans savoir pourquoi et suivant pour une fois son instinct et une vague envie d’aventure, elle obéit au billet, le mit dans sa poche et commença à enrouler le fil sur lui-même. Au milieu de la rue, elle eut honte mais continua, elle marcha lentement guidée par le fil, emprunta ruelles et détours et arriva peu après devant une des nombreuses fontaines de la ville.

Il y avait là, se tenant assise sur le rebord, une femme hors d’âge, très belle de beauté sombre et aux paupières baissées. Felicula put voir  le fil qui, sur les pavés, passait de noir à blanc. Sans prononcer un seul mot, la femme de la fontaine lui prit la pelote des mains, coupa le fil à l’endroit du changement de couleur et, conservant la noire pelote entre ses mains, lui fit signe de la tête de poursuivre son chemin. Felicula se pencha, saisit l’extrémité de la ligne blanche et s’éloigna de la fontaine.

Sans prêter attention aux passants intrigués, la jeune femme suivait le parcours compliqué du fil blanc, la pelote grandissante tournant inlassablement entre ses deux mains en conque. Elle ne pensait pas, ne cherchait pas à éclairer le mystère et poursuivait son travail appliqué de fileuse. Lorsqu’au sol elle vit la nouvelle couleur rouge du fil, elle s’arrêta et leva les yeux, à peine surprise de se trouver à nouveau devant la fontaine de pierre. Assise sur le rebord, une autre femme sans âge se tenait droite, les mains tendues. Felicula lui remit sa pelote blanche qui fut aussitôt coupée du fil restant. La femme aux yeux baissés esquissa un mouvement de tête vers  le sol et Felicula  saisit entre pouce et index le nouveau fil rouge. Avant de passer l’angle de la ruelle, elle jeta néanmoins un regard en arrière pour apercevoir la dame à la pelote blanche ; celle-ci, les yeux presque fermés, semblait attendre son départ qu’elle n’osa pas différer encore et elle poursuivit donc son chemin.


Felicula n’avait pas la sensation de refaire toujours le même parcours, tout ce qui comptait c’était d’avancer et de former une petite pelote parfaitement ronde et pleine, la succession des couleurs lui procurait un bonheur  inexpliqué et elle ne tenait pas à se remémorer la suite des rues pour pouvoir mieux savourer la douce sphère croissante. Elle parvint une troisième fois devant la fontaine et constata que le fil se terminait là. C’était encore une étrange femme inconnue qui se tenait assise près de l’eau et qui lui prit des mains la pelote rouge sans paraître la considérer autrement que par  un mince regard filtré. L’inconnue tendit doucement une paume ouverte vers Felicula : elle lui faisait don d’un petit papier plié semblable à celui trouvé sur le pas de sa porte. La jeune femme le prit et s’éloigna sans se retourner. Elle attendit de se trouver sur la place du marché pour s’asseoir sur un banc ,elle ouvrit le papier et lut.

Felicula releva lentement la tête, replia le papier en se redressant et se dirigea vers son appartement. Une fois chez elle, elle se déshabilla dans le couloir et entra dans la salle de bain étrangement éclairée par une chandelle haute et droite. En outre et sans surprise, la jeune femme constata que son antique baignoire de cuivre bombé était emplie d’un bain noir et mouvant de poudres de cannelle et de gingembre, de curcuma et de menthe poivrée. Son corps découvrit en lente plongée les fleurs et les billes de pollen de serpolet. Elle ferma les yeux et refit en pensée la totalité de son chemin de fil et revit les trois visages des sombres femmes. Elle sentait son corps lourd mais porté par le liquide, tendu encore mais amolli peu à peu. Lorsqu’enfin elle se laissa bercer et ondoyer par les odeurs et les sensations de doux, de piquant, de fort et de chaud, elle vit, posée sur le plateau du meuble de toilette, une jatte bleue vernissée formant en son creux un petit lac blanc de lait entier. Elle vit aussi une tunique de toile rouge pendue au cintre près de la fenêtre.


Lorsque Felicula émergea de son bain, elle se sentait une femme neuve mais très vieille. Elle venait de recevoir l’humidité dont toute femme devrait se laisser baigner en son âme, elle se sentait toutes les femmes, elle-même et ses ancêtres d’eau femelle. Assise sur le tapis, le dos contre le cuivre frais de la baignoire, elle buvait le contenu de la jatte. C’était un lait presque sucré d’être si riche et crémeux ; quand elle reposait brièvement le récipient au sol, cela offrait à la fois un son creux et mat, plein et vaporeux qui invitait la bouche à boire et à lapper à nouveau. Le breuvage entièrement bu, la  jeune femme se leva et enfila la tunique de fil rouge. La trame en était si mouvante qu’elle semblait porter celle qui la revêtait ; Felicula se sentait légère et pleine d’allant, comme lourde de grossesse. Elle était grosse d’images.

Elle ne savait plus qu’elle heure il était à présent, elle n’avait suivi d’autre fil que celui des femmes aux paupières baissées et elle ne se souciait pas de savoir s’il était une heure décente pour se coucher. Vêtue de sa tunique rouge, elle se glissa sous les draps et s’endormit. Son rêve fut bleu comme l’âme du monde : Felicula dormait dans les graminées d’une clairière, et lorsque dans son rêve elle s'éveilla, une grande toile bleue la couvrait en ondulant doucement à quelque hauteur, elle était nappée de bleu et le moindre fil du tissu lui murmurait : “Je suis Anima Mundi”. Le vent gonflait et faisait claquer la grande toile.

Felicula l’entendait encore quand au milieu de la nuit elle se redressa contre les oreillers pour observer l'obscurité encore épaisse de rêve. Elle se savait pleine et grosse, fertile et sombre aussi parfois, heureuse et rendue vivante.




par Llunet publié dans : Printemps 2006 ajouter un commentaire commentaires (3)   

Vendredi 9 juin 2006



Tautmina avait envie de fraises et de crème fouettée. Elle alla dans le salon pour prendre l’antique livre de recettes légué par sa grand-tante. La délicieuse couverture cartonnée vert grave et rose passé sonnait toujours admirablement lorsquelle cognait doucement dessus de son poing fermé. Un son creux, discret et fertile de vieux livre qui en a dans le ventre...

Elle feuilleta les pages sépia sans se presser jusqu’à trouver comme par hasard celle de la crème fouettée. L’image de blancheur légère et gonflée lui sauta à la bouche, laissant sur sa langue un goût précurseur de sucre vanillé et de richesse grasse. Elle ouvrit son réfrigérateur et rien ne lui manquait pour préparer la crème ; en revanche, les fraises n’étaient pas là.
 

Tautmina, en ce matinal dimanche, se dit que malheureusement il ne lui restait qu’une solution : se doucher plus tôt que prévu, s’habiller et sortir jusqu’au petit supermarché du village pour acheter les précieux fruits rouges. Elle se dirigea donc vers la salle de bain, laissa glisser au sol son peignoir bleu nuit et choisit une eau presque froide. Elle sentait avec délices l’eau ruisseler mais l’entendit aussi lui chuchoter qu’elle allait au devant d’ennuis : “Tu dois prendre garde, ne laisse pas la forêt t’enlever...”. Tautmina, perplexe, se dit qu’il n’y avait pas plus de forêt dans ce village que de chevaux au fond des océans.

Peu après, elle pris le chemin du supermarché un panier au bras. Elle se souvint qu’il y avait ce matin un marché aux fleurs au centre du village et eut envie d’un bouquet. Elle se dirigea donc vers la place de la mairie et y constata qu’un unique stand, au demeurant assez indigent d’aspect, était installé. A une dame assise devant l’entrée de la salle municipale, elle demanda si c’était là tout le marché aux fleurs et s’entendit répondre sur un ton courroucé que “Madame, ici c’est un marché floral.”. Munie de cette énigmatique réponse, elle poursuivit son chemin vers les fraises, abandonnant l’idée d’acheter des fleurs.

Un peu plus loin, au moment où elle remettait son porte-monnaie dans la poche de son pantalon, une pièce lui échappa et alla rouler jusque sous une gerbe de graminées qui poussaient là près de la petite route. Elle n’avait sur elle que quelques billets d’euros et de menues pièces mais aurait juré avoir vu l’inimitable éclat d’une grosse pièce d’or. Elle se pencha sur l’herbe du talus et son regard balaya le sous-bois miniature. Elle ne vit d’abord que quelques petites pierres de banal calcaire puis, son regard s’accomodant à la pénombre, elle distingua une bille façonnée dans ce qui paraissait de la serpentine, minéral qu’en tant que créatrice de bijoux elle ne manquait pas de connaître et de travailler avec minutie. Tautmina se saisit de la petite sphère vert sombre comme veinée de chair rose, se redressa vivement et s’éloigna.

Lorsqu’elle arriva devant le magasin, elle pensait encore à cette pièce d’or dont la presque perte lui avait valu de trouver un superbe cabochon de serpentine. Farouchement, elle entra dans le petit supermarché en balayant du regard les rayons et les travées. Au rayon fruits et légumes, elle trouva les fraises, en choisit deux petits paniers, passa à la caisse, paya et sortit. Sur le parking du magasin elle était comme étonnée par tant de facilité. C’est alors qu’un chien noir à longue gueule passa devant elle en courant, poursuivi par le chef du rayon poissonnerie à qui l’animal avait arraché le filet de pêche décoratif garni de coquillages, étoiles de mer et hippocampes qu’il était en train d’installer au dessus d’un étal parfumé d’effluves irrésistibles. Le chien fut vite loin et le poissonnier fulminant renonça à récupérer son bien.


Tautmina, repassant devant le talus où elle avait trouvé sa bille de serpentine, fut accueillie par les abois du chien assis là. Il avait déposé devant lui le filet et était à présent occupé à machouiller ce qui lui tenait lieu de repas maritime : une belle étoile de mer en platique rouge. La jeune femme se tenait devant lui, comme fascinée par telle voracité inutile. Alors le chien se redressa lentement en la regardant dans les yeux et lui dit à haute et intelligible voix :  “Tu n’aurais pas dû prendre cette bille, elle est à moi, et à moi aussi la pièce d’or. Cependant, il est admirable que tu n’aies pas cherché à t’enfoncer davantage dans la petite forêt que tu as découverte sous ces herbes, pour cela, tu seras récompensée...”. Tautmina lui répondit qu’elle n’avait jamais eu de pièce d’or, à quoi il répliqua qu’il avait donc raison et que le vrai propriétaire, c’était bien lui-même. Il lui dit aussi qu’il était prêt à conclure avec elle un échange concernant la bille de serpentine : il lui donnerait l’hippocampe gris accroché au filet et elle lui rendrait la bille. Comme Tautmina tenait déjà à sa trouvaille, elle refusa tout net et tourna les talons en proposant au chien noir de poursuivre seul son repas. Le choc fut tel qu’elle se retrouva face contre terre. Le molosse était à présent debout sur son dos et il menaçait son cou de ses canines acérées, elle pouvait sentir son haleine méphytique et la salive élastique qui commençait à lui couler sur la nuque. Tautmina glissa lentement la main droite dans la poche de son pantalon et en ressortit la sphère verte qu’elle tendit en arrière vers la gueule du chien qui s’en saisit avec délicatesse, quitta sa position et la laissa se redresser. Il lui ordonna de la suivre.

Le filet de pêche gisait au sol près de la gerbe de graminées où elle avait perdu la pièce. Le chien lui dit qu’il se nommait Partonopeu et qu’il l’aiderait à rapporter l’hippocampe gris chez elle, le gris et pas un autre. Elle ne comprit le sens de ces paroles que lorsqu’elle le vit courir après le petit cheval aquatique qui venait de se libérer de ses rêts et tentait de se jeter dans l’eau du fossé bordant la route ; Partonopeu fut plus rapide et il revint vers Tautmina en tenant le petit animal doucement pincé entre ses dents. Ils cheminèrent ensemble vers la maison de la jeune femme qui se demandait comment elle allait pouvoir s’occuper d’un hippocampe fugueur. Sa curiosité la poussa également à demander au chien où il avait bien pu mettre la bille puisqu’il avait à présent l’hippocampe dans la gueule. Partonopeu lui révéla deux choses : le cheval de mer s’appellait Aréthuse et la bille, il l’avait avalée au moment de se saisir d’Aréthuse. Il lui dit aussi de ne pas se faire de souci, que la petite sphère repousserait après sa mort comme une graine au milieu de son jardin. Tautmina compris donc que Partonopeu aurait à rester avec elle le restant de ses jours (qui furent ensuite brefs, mais ça, elle ne le savait pas encore). Elle était rassurée : à présent tout était simple, elle n’aurait qu’à prendre soin d’un chien nommé Partonopeu et à aménager un joli bassin pour Aréthuse.

Lorsqu’ils furent en vue de sa maison, elle repensa avec une douce torsion au ventre aux deux paniers de fraises et à la crème fouettée. Elle fit visiter sa maison à ses deux nouveaux compagnons, montrant à son hippocampe gris le petit jardin d’eau où elle pensait l’héberger,  après quoi elle se mit en devoir de préparer le dessert sous leur regard. Tautmina rouvrit le rassurant livre de sa grand-tante et rassembla tous les ingrédients pour la préparation de la blanche crème. Lorsque celle-ci fut ferme et onctueuse tout à la fois, Partonopeu était mort au pied de la table, Aréthuse gémissant doucement dans son cou. Tautmina déposa la petite jument grise sur son épaule et alla enterrer le chien noir au milieu de son jardin. Le soir venu, hippocampe et femme décidèrent de dormir ensemble dans la grande baignoire de cuivre, l’unique luxe de la maison. Là, Aréthuse lui parla des mers, des océans et des rivières, elle lui raconta les cavalcades, les nuages de semence, le sinueux soleil en lignes dorées au dessus des surfaces, elle lui demanda de la relâcher dans le fossé près de la maison, lui promit qu’elle n’aurait aucun mal à rejoindre la mer.

Le lendemain matin, un petit arbre avait poussé sur l’emplacement du corps de Partonopeu, il portait d’innombrables fruits ronds et vert émeraude : autant de sphères de serpentine dont Tautmina fit par la suite de sublimes parures. Avec Aréthuse, elles allèrent ensemble déposer sous les graminées de leur rencontre une des nouvelles billes vertes et se dirent ensuite adieu au bord du fossé rempli d’eau. La jeune femme eut la tentation d’aller fourager sous les étranges herbes où elle avait cru perdre une pièce d’or mais en se souvenant des paroles de l’eau et du chien, elle préféra rebrousser chemin et rentrer chez elle.


Les voisins lui dirent que ce n’était pas délicat de sa part d’avoir planté pendant leur absence un eucalyptus qui plus tard risquerait de leur couper la vue, à quoi elle répondit que ce n’était pas un eucalytus mais Partonopeu et qu’elle allait manger près de lui des fraises accompagnées de crème fouettée.

par Llunet publié dans : Printemps 2006 ajouter un commentaire commentaires (2)   

Dimanche 21 mai 2006
Je peins, ma peinture est figurative et pourtant, je ne suis pas lepéniste.

Je vomis ce qui sert d'idéologie à cet homme et aux pauvres gens qui se fourvoient avec lui ou ses clones par bêtise ou bien par peur ou par haine, dans tout les cas par manque de jugeotte et de cœur.

Je peins donc, pire, je figure, et l'art encore officiel de la gauche caviar française et de l'Etat m'emmerde autant que m'emmerdent les peintres poujadistes qui passent leur temps à peindre des champs de lavande et des arlésiennes ou de stupides marines pour agents comptables ou petits notaires et médecins à la retraite (et encore, quand il y a de la technique, c'est regardable...).

Je plains les bobos qui se croient obligés de se taper la vision quotidienne de serpillères montées sur châssis par des crétins ballonés d'eux-mêmes et gorgés de concepts tous plus couillons et vides de sens réel les uns que les autres.

Je m'explique.

Je trouve pathétique que ces artistes, pour remplacer la soupe new-age que l'on trouve bien souvent dans la peinture figurative et symboliste actuelle, se sentent cependant oints du Saint-Chrême de la créativité parce qu'ils font appel à de fumeuses théories. On est par exemple dans une "situation de non-vouloir" d'un "inconscient canalisé". On "fait image dans une présence évocatrice d'une absence ou une absence évocatrice d'une présence". Tous ces bredouillements ridicules qui veulent tenter de faire croire qu'on est en face d'un intellectuel ne sont rien face aux tentatives de lacanisme. Combien de fois, dans les textes de catalogues d'expositions ne me suis-je pas trouvée emberlificotée dans la mélasse indigente de jeux de mots douteux et de ponts pour le moins tirés par les cheveux entre les "mots-maux d'une œuvre-sens-sang" et le dessin-dessein !
Tout cet attirail pseudo-intellectuel de crétins ratiocinants (croyant savoir penser parce que personne ne comprend rien à leur propos diarrhéique) cache une envie mal réprimée de religion au monothéisme d'autant plus forcené qu'elle prend source dans la ventraille du mec de gauche le plus engagé ou du moins qui se croit et veut tel. Je parle de religion car pour moi, ces peintres sont des curetons de l'horreur du corps, tellement apeurés par le matériel (alors même qu'ils se disent souvent athées, les pauvres) qu'ils en viennent à lâcher des inepties obsessionnelles comme on chie.

C'est d'un incroyable comique troupier. Et l'amateur d'art lambda de se retrouver pris entre le ringard mystique et son bric-à-brac de pyramides et bonnes femmes coincées dans des draperies mauves, le peintre provençal des marchés aux croûtes du dimanche avec ses poireaux et mazets, et le snobissime gris bardé de ses rectangles homothétiques, de ses "faire sens" et de ses signifiants.

Qu'on s'entende bien, je ne mets pas dans le même sac tous les artistes contemporains (j'admire Patrick Van Caeckenbergh ou Wolgang Laib, par exemple) mais ce qui me met hors de moi, c'est la pose, le manque de sincérité, l'outrance de la position théorique au détriment de l'objet d'art lui-même, l'inculture crasse dont font preuve trop souvent ceux-là mêmes qui veulent se faire passer pour la crème des intellectuels.

Mais c'est heureusement en train de bouger, la ringardise est en train de changer de côté... Les galeristes, les hommes politiques et décideurs locaux qui ne l'auront pas compris seront regardés d'ici peu comme les benêts du village...

Note pour les lecteurs de mauvaise volonté : je suis de gauche.


par Llunet publié dans : Printemps 2006 ajouter un commentaire commentaires (4)   

Mardi 16 mai 2006
Voici le dernier poème de Triplex Nomine, Naissance des oiseaux, XXIV, comme un fragment hésiodique imaginaire, et Le daïmon de Lusianassa, ma dernière peinture...

Telle aussi celle née de la Terre (abonde et vaste sa poitrine)
Lusianassa — son nom pareil au nom que porte
de Nérée une fille. Elle est telle : égareuse indomptée de l'ombre
sur terre et mer Lusianassa saisit les ombres
portées au sol ou sur la vague humide et bleue
les sépare des corps les blesse de blancheur et les boit des yeux
noirs sont-ils elle abaisse longtemps ses paupières lavées de pluies
et d'être bues les ombres sont belles légères pleines et noires
le goût du sang n'est pas le leur mais goût de nuit
froide venteuse et grains de volante poussière
(et à peine à ses cils s'accrochent-ils semblances d'étoiles mirées
au miroir du zodiaque d'Iris mais d'Iris aux couleurs mêlées
jusqu'au noir) amant me dit-elle des Muses tes vers sont les leurs
mais ton ombre appartient à mes yeux qui déjà te boivent un peu
                           cyllénienne ta lyre louera …
autour de ma tendre poitrine …
<lacune de six vers>
visage d'une femme et d'une autre …
issues d'ombre filée de nuit …
marchant dans une allée de cerfs aux bois de neige
Lusianassa contre ses seins les mains en coupe
et sous la paume et sur le sein le chant éclôt

la naissance
des oiseaux





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Mardi 14 mars 2006








































par Llunet publié dans : Hiver 2006 ajouter un commentaire commentaires (1)   

Mardi 21 février 2006
Petit exercice : contempler une image intérieure (attention, cette expression d"'image intérieure" doit déjà avoir fait tressaillir certains curetons à la sauce Charlie Hebdo).

Je pense que pour les handicapés de l'imagination ça va demander un gros effort mais comme pour ma part je crois au pouvoir immense des images et que je ne veux pas l'infliger brute aux âmes sensibles, je ne livrerai pas cette image-là toute faite mais je la décrirai.

Dans le bureau d'un maire quelconque d'une quelconque commune de France et sous le regard photographique du président de la République, le buste de Marianne tend sa bouche en cul de poule vers le sexe turgescent du seigneur des lieux.

Je crois qu'en matière de riposte, si ces dangereux abrutis d'islamistes intégristes, au lieu d'aller ignoblement attaquer des ambassades, avaient eu l'idée de caricaturer ainsi la déesse de la Raison, incarnée en France par Marianne, cela aurait au moins eu le mérite de resituer le débat à sa place véritable : celle de la religion (car mine de rien, ces histoires de terrorisme sont toujours ramenées à des salmigondis socio-économiques...)
Cela aurait aussi constitué une chance de voir les intellectuels français, (ou ce qui en tient lieu) indignés et soi-disant sans dieu, se constituer en parfaite et symétrique réponse religieuse : "On touche à Marianne, à ce "symbole fort" !", je dirais pour ma part, on touche à ce cache-sexe d'un monothéisme d'autant plus forcené qu'il s'exerce au corps défendant de ses propres prêtres et ouailles.
J'imagine avec délices les cris de bête forcée qu'auraient poussé ces ayatollahs de l'athéisme éclairé tout auréolés des sacro-saintes Valeurs Universelles dont ils se gargarisent à longueur de temps dans le plus profond mépris des "croyances" de peuples forcément inférieurs puisque non oints du Saint-Chrême des Lumières.
Je suis à peine étonnée de voir, ces dernières semaines, où vont se nicher les dieux en mal de guerre à force d'être ignorés ou réduits à des Unités rationnelles détestables et masculines, ces dieux si présents, au nez et à la barbe des rationnalistes de tout poil... On dirait que ça demande un effort d'analyse, de culture et de curiosité trop poussé pour certains que de reconnaître que les émeutes des mois d'octobre et novembre derniers relèvent aussi et surtout de problèmes liés à la religion, qu'il y a une grande violence à vouloir à tout prix désintégrer les gens en les intégrant en bloc et en leur faisant honte lorsqu'ils évoquent leurs déités.
Lire Tobie Nathan ou James Hillman ou même Michel Cazenave et C.G.Jung, bon sang, ça ne devrait pas être si compliqué, bordel de dieux !


par Llunet publié dans : Hiver 2006 ajouter un commentaire commentaires (8)   

Samedi 4 février 2006
Chose rare, j'ai ce soir regardé la télé et j'ai même poussé jusqu'à Campus, émission culturelle présentée par Guillaume Durand.
Je retiens deux trois choses qui m'obligent à quitter derechef mon canapé et à venir ici les consigner sur mon blog avant qu'elles ne se perdent :

- Christine Angot parlant d'un bouquin qu'elle a aimé : ce livre est un "truc très très très très fort, quand même...".
- Christine Angot s'indignant de la tentative de destruction de l'urinoir de Marcel Duchamp : Marcel voulait "transfigurer pour nous tous" les objets les plus quotidiens.
- Le Palais de Tokyo présenté comme un "lieu de vie" et un rendez-vous de l'art et de l' "interaction" artistique.

Ce qui nous fait en tout et pour tout au moins quatre démonstrations de la nullité de la pensée française officielle. Au rayon livres : indigence de la réflexion et incapacité à s'exprimer de façon cohérente et rigoureuse malgré une morgue immense. Au rayon art : démence sénile, gâtisme et anosognosie et leurs légions de répétitions et manies tremblotantes. Tout ceci sous le regard délicieusement ironique et serein d'Edouard Baer...

par Llunet publié dans : Hiver 2006 ajouter un commentaire commentaires (6)   
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