Mercredi 18 janvier 2006

Ce poème est un joyau et c'est l'homme que j'aime qui l'a serti de ses mots :

Je chanterai le cuivre frappé à l’effigie de la déesse de Chypre
Je chanterai le buste lauranien d’elle qui prodigue ses vagues
me déferle me dérobe me déploie me défait en éclats de désir
Je chanterai
son portrait et le mien aiguisés jusqu'au trait
en torse javeline à la joute lunaire
et en lance de lice à la cour du Soleil
Je chanterai son corps musqué navré de Lune
le doux troupeau blanc de ses vivantes collines
et le rouge mordu de ses lèvres rubelles
Cuivre disais-je qui est l’or de Vénus
et la ville enterrée sous le corps d’eau de plus anciens dieux
la ville assiégée d’algues s’éprendra de ciel
et le ciel blessé sera bu
en abeilles saignant de sa chair ouverte en plaie fertile
sera bu
et Mercure qui se fera un théorbe de sa lyre perdue entonnera
le chant de ses chants :

rouges ses mains de pleine beauté
ses plaintes lancées au cœur
comme autant de vagues fuselées
murmurées en pluie d'écume
au jade de la tige élancée
et ma langue mordue
dira-t-il
et mon cri empennelé dans la gorge
et mes mots
dira-t-il
et mes mots portés à la bouche comme fruits
qui verront leurs images mordues
et leur sens s'écouler
rouge en son palais
dira-t-il
rouges saignées
d'elle murmurée en pluie
au jaspe de mes veines
ci commence dira-t-il
(offrande au cœur des mots)

ci commence le chant dédié à son corps

en dire d'encre en dire d'incendie
en reine d'incendie en ce cri d'encre
n'en rien dire crier ce cri de cendre
enceindre reine en dire de ce cri :

ci commence le chant dédié à son corps

en mains versées comme torrents sur elle
en nue de chair que visite l’étrave
en savourée fébrile au souffle court
et robe blanche en vifs battements d’ailes

ci commence le chant dédié à son corps

en éperdue languide sous mes lèvres
toute versée dans l’or qui sert de jour
dans la sueur de mon soleil plongé
au corps aimé au sang qui fait des vagues

ci commence le chant dédié à son corps

en pluie régnante et tresses de mon sang
en céraunies dans l’éclat de la chair
en terre ouverte et ciel en chute libre
les mots aussi vont s’ouvrir à la nuit

ci commence le chant dédié à son corps

les mots aussi vont s’ouvrir à la nuit
trempés dans l’encre en images fécondes
ils prennent corps dans l’enclos de ses veines
corps de désir qui carmine l’arène

ci commence le chant dédié à son corps

qu’il soit dit oh son ventre n’est que fièvre
et qu’il soit dit on y fond le Soleil
livrez-moi à son feu car je suis sève
et je brûle aux éclats et qu’il soit dit

ci commence le chant dédié à son corps

en irisée des pluies qui s'abattent sans trêve
en tresses alourdies tirées de sous les vagues
elle joue les couleurs sur les cordes de l'eau
elle tord mes soupirs et les noue jusqu'au cri


ci commence le chant dédié à son corps

par Llunet publié dans : Hiver 2006 ajouter un commentaire commentaires (4)   

Vendredi 16 décembre 2005

Pour ma part, c'est l'envie de la manger qui m'a prise à la voir de texture si crémeuse. Il faisait froid et mes lèvres avaient besoin de l'onctuosité et de la richesse d'un baume nourrissant, j'aurais voulu prélever une bouchée de saveur à cette orbe puissante, y plonger mon visage picoté de froidure pour enfin laisser mon petit corps de terrienne nue pénétrer dans le beurre de Lune. Je suis certaine qu'elle avait un parfum de mandorle et de calendule, de fourrure grasse et de musc, j'en serais ressortie lustrée, nourrie et repue...

par Llunet publié dans : Automne 2005 ajouter un commentaire commentaires (5)   

Jeudi 8 décembre 2005

Trois illustrations en si peu de temps de la crétinerie, de l'orgueil et de l'indigence de nos gouvernants sans autre réaction que celle de trois pelés et deux tondus, c'est fascinant et les bras m'en tombent.

Résumons-nous :

- au nom de l'Unité, chantons cette farce de chanson patriotique, la Marseillaise à l'école, cet hymne républicain qui pue tellement de nos jours le pays violemment chrétien, intégriste et intégrateur, qui sert de prière à des gens qui ne se rendent pas compte de quoi ils manquent mais qui se rassurent en se disant qu'ils sont dans un pays Un.

- au nom de la Grandeur intellectuelle et de l'efficacité administrative et rationnaliste dont nous nous voulons les porte-flambeau, glorifions ce petit homme hargneux d'être si petit et ventripotent, ce gars Napoléon raide comme la justice ("raide comme la justice", c'est juste une expression, comme "lourd comme un âne", "vieux comme un banc"...).

- au nom de la Science et du Progrès, justifions et gargarisons-nous de cet acte d'avidité violente, de débilité mentale profonde qui consiste à aller "mettre en valeur" une terre qui ne nous connait pas, qui ne nous a rien demandé et surtout pas ces hordes de colons titubants mais efficaces, trop contents d'être quelques décennies à la solde d'états voleurs mais bienfaiteurs puisque occidentaux.

Non, je ne suis pas sûre, du fait d'être française, de détenir le fin du fin de la réflexion intellectuelle, en réalité je suis certaine d'avoir honte parfois de ce qui sert d'intelligence à mon peuple et je me dis qu'à ce compte il vaut mieux en France passer pour un crétin et cultiver d'autres jardins en son âme. Je n'ose imaginer l'indignation générale de la nation française si le gouvernement allemand proposait de valoriser à l'école les points positifs du nazisme, ce serait tout aussi ahurissant et scandaleux et irrespectueux que ce qui se passe en ce moment en France mais que diable, l'esprit pseudo-critique se réveillerait là comme par miracle et l'Esprit français brillerait par ses raisonnements et ses leçons de morale.

par Llunet publié dans : Automne 2005 ajouter un commentaire commentaires (12)   

Mercredi 16 novembre 2005

Comme apparemment je n'ai pas assez de ressources intérieures pour écrire chaque jour tout en poursuivant mon activité d'artiste peintre, je viens mettre ici en ligne quelques résultats de mes recherches picturales. Voici par exemple ma dernière créature de dessin numérique : Ludovic Bonnetête qui réussit l'exploit de vivre des aventures rocambolesques mais immobiles... Pour en suivre les péripéties, cliquez sur l'image :
 
                 
    
                   Le regard du poisson de Ludovic Bonnetête

par Llunet publié dans : Automne 2005 ajouter un commentaire commentaires (2)   

Vendredi 28 octobre 2005

Pour mon petit garçon, on ne dit pas inondation mais ondination, ce qui est parfaitement logique, étant donné que les ondines sont les créatures qui ont pouvoir sur l'eau...

par Llunet publié dans : Automne 2005 ajouter un commentaire commentaires (0)   

Mercredi 26 octobre 2005

Les produits utilisés par l'artiste

63.
L'ombre donne à la terre une couleur de vert brûlé.

65.
Recueillir du noir, du jaune verdâtre dans le bleu fin.

78.
Rappelle-toi comment l'eau de vie recueille en elle-même toutes les couleurs et odeurs des fleurs et, si tu veux faire du bleu, emploie de la fleur de lys, et pour le rouge...

88.
On peut tacher le cheval blanc avec de l'hématite d'Espagne ou de l'eau-forte. Enlève le poil noir à un cheval blanc à l'aide du fer chaud.


par Llunet publié dans : Automne 2005 ajouter un commentaire commentaires (0)   

Lundi 24 octobre 2005

Entre deux semaines de préparation du capes d'arts plastiques, je reprends mes pinceaux. Voici un aperçu de ma dernière toile, Le daïmon de Thiumis, elle est retravaillée avec Adobe ImageReady et vous pouvez la voir ici




par Llunet publié dans : Automne 2005 ajouter un commentaire commentaires (0)   

Dimanche 31 juillet 2005

© Cendrine Rovini

Le 15 juillet 2003, j'écrivais :

Ses mots en farandole se tiennent par la main et forment sur moi des colliers innombrables. Je les connais par coeur, le joaillier n'en sait rien. Je les porte en pectoral, en talisman. Ils dardent leurs pointes effilées et les frissons qu'ils m'offrent sont des supplices délectables.

Le bijou s'allonge de jour en jour et s'enroule autour de moi en spirale, oeil de tigre, pierre de lune, obsidienne, opale, menus galets de secrets ruisseaux. Il grimpe en labyrinthes sinueux sur ma peau qui palpite.

Les joyaux s'insinuent dans ma chair, la marquent profondément et je serai bientôt immobile, les jambes prises dans le précieux filet. Je finirai empierrée vivante sous les délicieuses tortures de ses mots inestimables.

Je n'écris plus autant qu'il y a deux ans mais le joaillier est près de moi et me pare quotidiennement, je suis rutilante de bijoux lunaires et d'étoiles d'eau pulpeuse...


par Llunet publié dans : Eté 2005 ajouter un commentaire commentaires (2)   

Vendredi 1 juillet 2005

L'image « http://idata.over-blog.com/0/00/47/41/image-2.png » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.
© Cendrine Rovini

Je marche dans une vaste prairie et je vois au loin un arbre seul, je m’en approche ; son tronc est blanc et lisse comme celui d’un bouleau mais torsadé et mouvementé, toujours plus fin vers la frondaison. Les feuilles en amande sont vert sombre et je grimpe vers ellles, je m’accroche au tronc et les nervures spiralées m’aident à l’ascension.
Dans le ramage, il y a de ronds fruits rouges luisants, ce sont des dizaines de menues bouches souriantes et ourlées et je dois toutes les manger, je me délecte d’un suc fluide et sucré, d’une chair suave et légère après la peau lustrée qui cède doucement sous la dent.
C’est lorsque j’ai terminé tous les petits fruits que le mouvement se fait sentir qui ne doit rien au vent. L’arbre s’ébranle et le sol tremble, il y a comme un gigantesque arrachement qui me transporte dans les airs dans des gerbes de terre. L’arbre galope et bondit. Je suis agrippée à la corne d’un animal blanc auparavant caché sous terre, c’est une licorne gigantesque qui me porte à toute allure. Je descends en prudente glissade vers la tête de la bête qui bientôt écume de sueur et je flaire son odeur de poils graminés, il y a là chèvre musquée, lustre de séborrhée animale, sucre brun et fleur de sel.
Lunicorne arrête enfin sa course devant un lac d’eaux sombres, elle s’étend et plonge sa corne dans le liquide qui devient d’argent lunaire. Elle reste là immobile couchée sur le côté et me laisse descendre à terre par sa barbiche caprine, ses yeux sont fermés mais je sais qu’elle me voit toute et je la salue en silence avant de m’éloigner.

par Llunet publié dans : Eté 2005 ajouter un commentaire commentaires (3)   
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