Vendredi 20 mai 2005

Coquille de noix offerte par mon garçonnet : "Maman, regarde, il y a un petit arbre dans la graine !".

 

Celui que j'aime sera bientôt là...


par Llunet publié dans : Printemps 2005 ajouter un commentaire commentaires (3)   

Lundi 9 mai 2005

Je lui écrivais tout à l'heure que je me balance doucement au-dessus de lui, suspendue minuscule et nue au plafond de l'institut où il travaille et il m'a répondu qu'il donne de l'élan à ce petit corps imaginaire que je revêts lorsque je lui fais mes discrètes visites.

Ainsi, de son index levé au dessus de sa tête, il me pousse délicatement et j'oscille d'avant en arrière, je descends progressivement vers ses cheveux, attirée par leur odeur de nid d'oiseau débordant de graines nourissantes, de plumes et d'envolées débutantes.

Mes jambes se tendent et s'arriment aux douces boucles sombres, mes mains agrippées au fil prêté par une araignée sont douloureuses et j'étire mon corps pour m'ancrer à l'arbre. Je peux enfin me poser sur ses cheveux, lui parler sans mots, m'étendre et m'abîmer dans les profondeurs de kératine car le nid est aussi d'eau et de terre et je nage et ressens les courants telluriques du corps immense qui me porte. Je lui dis en retour la chaleur de mon ventre et le rebondi des fesses de femme, je lui fais sentir l'ondoiement de la rousseur et la douceur des hanches roulées, je lui donne un peu de la rosée de mon eau femelle et dépose de fins baisers sur la peau délicate de son crâne, je penche un peu la tête vers son front et l'aveugle de mes cheveux longs et s'il veut m'attraper je me retire d'un bond en arrière pour continuer les roulades qui offrent un lustre sans pareil à ma peau. Ses boucles sont des cercles où plonger habilement et la naissance de sa nuque une vertigineuse descente vers l'intérieur de ses vêtements, cependant aujourd'hui je n'ai pas envie de m'enfermer si loin et c'est ainsi que lorsqu'un sien collègue s'approche trop, je reste immobile sous la surface odorante et m'endors bercée par les mouvements de la tête de mon bien-aimé


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Dimanche 1 mai 2005
Le manifeste en français et sans esbroufe est ici.

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Dimanche 24 avril 2005

 


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Vendredi 8 avril 2005
A la faveur de cette mécanique buccale, l'asticot non seulement chemine à la surface, mais encore il pénètre aisément dans la viande ; je l'y vois disparaître comme s'il plongeait dans du beurre. Il y fait sa trouée, mais sans prélever sur son passage autre chose que des gorgées fluides. La moindre parcelle solide n'est détachée et déglutie. Ce n'est pas là son régime. Il lui faut un brouet, un consommé, une sorte d'extrait Liebig coulant qu'il prépare lui-même. Puisque digérer n'est en somme que liquéfier, on peut dire, sans paradoxe, que le ver de la Mouche bleue digère sa nourriture avant de l'avaler. (...) Le réactif cause de cette liquéfaction échappe à mon examen. Les vers doivent le dégorger par doses infinitésimales, tandis que leurs bâtonnets gutturaux, en mouvement continuel, émergent un peu de la bouche, rentrent, reparaissent. Ces coups de piston, ces sortes de baisers s'accompagnent de l'émission du solvant.

La chair musculaire (...) ne se convertit pas en liquide ; elle devient une purée coulante d'un brun vineux. Le foie, le poumon, la rate, sont mieux attaqués, sans toutefois dépasser l'état de marmelade demi-fluide, qui se délaye très bien dans l'eau et paraît même s'y dissoudre. La matière cérébrale ne se liquéfie pas non plus, elle se résout simplement en fine purée.

(...) Muscles et viscères ont disparu, convertis  en purée et consommés à mesure par la population. De partout, à l'humide a succédé le sec, au boueux le solide. (...) Tous les vers ont émigré, absolument tous. Du premier au dernier, ils ont abandonné la cabine cadavérique, douce à leur délicat épiderme ; ils ont quitté le velours pour les rudesses du sol. (...) La sortie du tabernacle mortuaire s'est faite par des trous ronds dont la peau est percée.

(...) Pour quel motif le ver abandonne-t-il la carcasse, excellent abri ? Pourquoi va-t-il se domicilier dans le sol ? Premier assainisseur des choses mortes, il travaille au plus pressé, le tarissement de l'infection ; mais il laisse copieux résidu, inattaquable par les réactifs de sa chimie dissolvante. Ces restes, à leur tour, doivent disparaître. Après le diptère accourent des anatomistes qui reprennent l'aride relique, grignotent peau, tendons, ligaments, et ratissent l'os jusqu'au blanc.

Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, Etudes sur l'instinct et les moeurs des insectes.


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Jeudi 7 avril 2005

        

Ce petit monde sort de mon atelier et s'expose ici et ...


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Lundi 4 avril 2005

Je suis sortie de la nuit avec dans les mains ces mots déposés par le rêve : Daïmon Oneiros...

Ils ont fait leur lit dans ma tête, tant et si bien que j'ai entrepris une recherche sur eux via Internet. Je n'ai rien trouvé sur ce couple de mots mais j'ai abouti à ce site :

http://francais.agonia.net/

Je n'ai parcouru que peu de rubriques mais je suis tombée en arrêt sur Un petit bol de larmes, un poème en prose de Jean-Marc La Frenière dont je vous livre ici un extrait :

Quand la parole aura jauni je lui donnerai le lait des rêves, la purée des étoiles, un hôtel d’oiseaux, la barque des fougères écopant la rosée, la grange des odeurs, un cassot d’espérance multipliant ses fraises. J’arracherai les épingles sur la pelote du cœur, les épics de captus sur le museau du loup, les échardes et les éclats de verre dans la chair tendre du silence. J’ajouterai des berceaux dans la pouponnière des cigognes, des wagons de landaus à la locomotive, du sexe aux feuilles de chou. Le printemps viendra avec son ventre plein de mûres et de oui.

 

(J'ajoute ceci quelques heures plus tard, l'après-midi)

Avant de partir à l'école, mon garçonnet Léonard m'a tendu une moitié de coque de noix vide non vide et il m'a dit : "maman, dedans il y a un arbre". En effet, l'arbre était là, tout entier dessiné par les rebords clairs de la coque, silhouette ombrée dans le creux bombé de la graine. J'ai alors repensé à la graine d'âme de James Hillman, à l'akène qui "concentre en un minuscule espace le savoir de l'arbre (...)"* et je sais à présent ce que mes mains vont tenter de pétrir à partir du Daïmon Oneiros de mon sommeil.

*L'ouvrage de Hillman dont est tirée cette citation est Le code caché de votre destin (traduction ridicule du titre original : The soul's code),1999.


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Mardi 22 mars 2005

Je suis venue ce soir m'étendre un moment près de mon garçonnet endormi et c'est en savourant son odeur sucrée de petite brioche que mes yeux clos ont vu l'arbre-femme.

La nuit l'enveloppait de sombre lenteur mais je distinguais ses teintes et scintillements. Le tronc robuste de l'arbresse était d'un gris d'orage, ses cuisses, ses seins luisaient doucement au lustre de la Lune et ses yeux en amande me murmuraient d'approcher et de toucher sa chevelure rousse. J'ai enserré le tronc mouvant, j'ai grimpé de mon corps de petite femme humaine en spirations d'âme nue et je suis arrivée dans le ramage de cheveux lisses et cuivrés. Le vent lunaire s'est levé en peigne d'argent, il a prélevé dans le ciel la dorure-offrande du Soleil et il a caressé la créature, il a démêlé ses cheveux roux. C'était un ondoiement de finesse, un balancement féminin ; le souffle prenait aussi mes longs cheveux, les peignait en les mêlant à ceux de l'arbresse et nous étions toutes les deux en obscure nacelle et nous nous laissions bercer par le soin de beauté céleste.

Les cheveux doux, je suis venue m'étendre sur mon lit et j'ai retrouvé dans les draps la petite boîte ronde pleine de symboliques friandises offerte par celui que j'aime. J'ai savouré une des sphères grises de miel et réglisse, j'ai croqué le nimbe d'une saupoudrée de sucre-cristal avant de rejoindre l'arbre-femme. J'ai alors vu la fine main d'homme, la main qui me caresse et me fait piquetée d'étoiles, celle qui hier m'avait offert la boîte. Géante et chevauchée par la Lune, la main de mon bien-aimé déployait une pluie de sucreries rondes et en sertissait la chevelure de l'arbresse.

Enlacée à elle, j'ai pris racine, je suis allée au fond chercher l'eau, je me suis abreuvée des limons souterrains et j'ai poussé dans le tronc de la créature terrestre végétale, j'ai épousé ses formes et j'étais elle, cheveux au vent, criblée de bijoux à manger et caressée de peignes dorés d'homme.


par Llunet publié dans : Printemps 2005 ajouter un commentaire commentaires (9)   

Mercredi 16 mars 2005

 

Le Songe de Sainte Ursule, Carpaccio, 1495

 

Je songeais à sertir mes fièvres et je songeais au Soleil teinté de caresses, à des jets de nacre à l'orée du gîte des songes, et à des torrents de sel pour appeler son eau. Je songeais — mais vous ne le saurez pas.

Songez seulement à une voile dans les profondeurs de la mer, que déploient les algues, et à son ruban de sang.


par Llunet publié dans : Hiver 2005 ajouter un commentaire commentaires (2)   
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