š 02h15, je veux enfin vite fermer les yeux et laisser la Nuit me saupoudrer de ton tréma... Les corbeaux m'étouffent, ils s'engouffrent dans ma bouche et m'étouffent.
š 02h15, je veux enfin vite fermer les yeux et laisser la Nuit me saupoudrer de ton tréma... Les corbeaux m'étouffent, ils s'engouffrent dans ma bouche et m'étouffent.
Lorsqu'enfin je me résouds à ôter de mon lit les draps que nous avons partagés, Lui et moi, parce qu'il faut bien un jour en remettre de frais, je leur fais quitter ma couche tout doucement. C'est souvent les matins où je n'ai pas à me presser, au presque sortir du lit alors qu'ils sont encore tièdes de ma chaleur et de son odeur qui m'a accompagnée les nuits d'absence.
Je les attire au sol et les roule en boule, en astre rond. Je m'agenouille et me penche, mes cheveux me précèdent et nappent déjà la planète de toile, mon visage s'approche avec lenteur, je flaire avec délicatesse le parfum de Luielle et puis c'est la descente, le contact nocturne du tissu contre mes joues qui rosissent et demandent une dernière fois l'asile de sa terre mourante, je flaire, hume et m'enfonce davantage, je retrouve la chaleur de grains moulus, l'odeur des arbres et de sous-bois fertile, de cerise et de sucre, de plumes d'oiseaux vifs envolés. Je reste là entière respirante, les yeux fermés, je prends, je garde tout de ce monde, puis lorsque toute chaleur est partie loin dans le ciel de ma chambre, j'englobe de mes bras l'astre froid et l'emporte et le dépose dans un panier d'osier où il attendra l'eau...
Je suis là, je dors vive.
Mes joues sont serties d'une perle de sel : larme bombée de sucrelui, larme en creux sans fond, sans lui.
Après un carré de chocolat presque amer, prendre une feuille de lin pur, y déposer du tabac blond et en lieu et place d'un filtre bête, utiliser la fin d'un beedi, rouler le tout et déguster. Passer ainsi presque sans s'en apercevoir d'un tabac doux à celui plus corsé du beedi entouré de sa feuille d'eucalyptus est un pur délice...
D'abord, il faut allumer un feu - une femme doit vouloir brûler, de passion, de désir, de mots, pour ce qu'elle aime vraiment. C'est en fait cette passion qui permet de préparer la nourriture et ce sont les idées substantielles originales qu'on fait mijoter ainsi. Cuisiner pour Baba Yaga suppose qu'on ait impérativement un bon feu allumé sous sa vie créatrice.
Clarissa Pinkola Estès dans Femmes qui courent avec les loups, histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage.
La mienne boit du petit lait lorsque je regarde dormir celui que j'aime, le matin, alors que j'entame ma journée de travail dans l'atelier. Cette pièce est voisine de ma chambre et je laisse toujours la porte entrouverte de façon à pouvoir l'entendre changer de position. Oui, j'aime l'écouter bouger dans mon lit, je sais la chaleur qui se répand doucement, j'aime être éveillée attentive alors que lui est encore embué de sommeil. Parfois je m'approche sans bruit, le pinceau à la main, je le regarde et m'émerveille des lointains dans lesquels le plonge le sommeil. Sa main fineforte est posée ouverte sur le drap, c'est la belle main nerveuse d'un homme mais si je réussis à y déposer un baiser sans que mon bien-aimé se réveille, elle devient fugacement celle d'un enfantelet odorant de rêve lacté...
Je passe mes journées à peindre et à venir devant cet ordinateur pour m'occuper de ce blog et je dois dire que c'est merveilleusement complémentaire.
Je suis en train de préparer une expo pour le 10 décembre prochain et j'ai encore plein de trucs à terminer : les toiles à achever d'après ma première série de dessins, les prix à déterminer, le système d'accrochage à trouver... Je n'aurais jamais cru être une telle bête de travail, c'est la première fois que ça m'arrive et je découvre le plaisir qu'on peut trouver à s'activer ainsi professionnellement parlant !
Comme je le dis plus haut, je viens ici faire des pauses, ça me permet de m'aérer l'esprit et de retourner avec un regard neuf vers la toile qui attend la suite des opérations. Je ne saurais pas bien dire en quoi ces deux activités se complètent si bien pour moi mais je pense que ça tient en partie au besoin des doigts et pas seulement à celui de mon esprit. Je veux dire par là que lorsque je peins, le toucher du pinceau sur la toile est lisse, fluide, glissant et doux alors que lorsque je manipule les trucs de cet ordinateur, tout est plus dur, saccadé et rythmé, ce mélange me fait du bien aux mains...
Bien, comme en ce moment je me sens greffée sur un concombre et que par conséquent je n'arrive pas à écrire deux lignes, je préfère mettre des liens, recopier des chansons, déposer des images...
Alors voilà, en principe les portraits d'animaux domestiques me font bêler d'ennui, je les trouve toujours très cons, oiseux et leurs propriétaires suspects de crétinisme profond*... d'accord, mais c'est que je n'avais jamais vu le chat de Marilyn Manson, vous pouvez le voir là et puis il y a aussi, ô merveille, quelques autres portraits qui me donnent envie de m'intéresser un peu plus à sa musique, bizarrement. Et puis j'aime bien l'idée de ce gars choisissant l'aquarelle, toute légère et délicate, fragile et presque surannée, ce décalage me plaît.
*Bon, j'ajoute ça à 21h40 : je viens de m'apercevoir dans un hoquet que j'ai benoitement écrit cette note sous le regard photographique de quelques chats et chiens de la famille, aujourd'hui disparus, paix à leur âme. Je ne suis pas responsable de cet épinglage affectif mais enfin, le rouge me monte un peu aux joues, et puis il y a même quelques portraits de fleurs (alors museau, cocotte)...