Mercredi 17 novembre 2004
Miniature du Beatus de Liébana, codex urgellensis
par Llunet
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Automne 2004
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J'ai besoin de la lune
pour lui parler la nuit.
J'ai besoin du soleil
pour me chauffer la vie.
J'ai besoin de la mer
pour regarder au loin.
J'ai tant besoin de toi
tout à côté de moi.
J'ai besoin de la lune
tout à côté de moi.
J'ai besoin du soleil
pour voir venir le jour.
J'ai besoin de la mort
pour rire à mon destin.
J'ai tant besoin de toi
pour me sauver la vie.
J'ai besoin de mon père
pour savoir d'où je viens,
j'ai besoin de ma mère
pour montrer le chemin.
J'ai besoin du métro
pour aller boire un verre.
Tant besoin d'une pierre
pour hurler ma colère.
J'ai besoin de la terre
pour connaître l'enfer
tant besoin d'oublier
tant besoin de prières.
J'ai besoin d'un endroit
pour me mettre à l'envers
tant besoin d'un p'tit coin
pour pisser le matin.
Manu Chao : Sibérie m'était contéee
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Automne 2004
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Une fois n'est pas coutume, c'est de chez Lui que je tape ces mots, et que je recopie quelques vers de Kaspar Von Barth (1587-1658). Dans le
poème Delitiae, stupidement traduit du latin par l'"Alpha et l'Oméga", il y a ces vers délicieux :
Que je te lèvremordille,
Et te seincajole,
Et te coeurchavire,
Et te soufflemêle,
Te lèvregrignotte,
A en perdre le souffle :
De l'amour voilà l'Alpha et l'Oméga.
Puis dans Amphithéatrum III :
Viens, que je t'imprime,
Te rame,
Te laboure,
Te savoure,
Te salive...
Et puis voici Amphiteatrum VIII :
Les doux seins de Néère
Qui s'arrondibourgeonnent
Et s'embouledeneigent
Hier j'entendis crier :
“Ô ma mère chérie, qu'on me donne un mari !
Vois ces rondeurs jumelles
Qui la caresse appellent,
Vois mes seins qui pommellent,
Vois comme ils s'entrebaisent,
Comme ils débordent d'aise,
Doucement bondissants,
Le sommeil refusant,
Le soleil reflétant,
Bref, rayonnants de beauté
Et regorgeant de volupté :
Les voyez-vous bien, ma mère ?
- Sur ces mots ils se turent,
Ayant trouvé en moi
Médecin pour leur cure.
Et je vous assure que la version latine est sublime, ce sont des suites de trouvailles, des mots incroyables, voici par exemple le début de
Amphiteatrum VIII : Papillulas Neaerae Rotundigemmicanteis, Albouifulguranteis... Je prie le lecteur d'excuser les étrangetés de cette note, c'est que je ne parviens pas à trouver sur cet
ordinateur la façon de faire les "e dans l'a", je ne sais pas comment mettre les citations en italique... bref, loin de mon pc, je suis bouchée à l'émeri.
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Des hauteurs où je me trouve, je vois une prairie aux herbes hautes vert- argent, il y a un arbre immense au ramage allongé dont je m'approche
en douce descente. Cet arbre géant est un homme et son membre viril est vigoureusement planté dans le sol, il oscille lentement au vent et sa peau frissonne comme un vrai feuillage. Au pied de
l'arbre, dans la terre où s'enfonce l'homme, je vois mon corps, je suis étendue morte dans un cercueil d'eau et je me répands en coulées sinueuses de blancs asticots. Le sol se gorge de cette
semence et toute la prairie se couvre avec l'arbrhomme de fleurs blanches.
Je peindrai ce rêve où je nous ai vus... L'homme que j'aime était l'arbre et je jaillissais de lui en saccades nacrées, je me répandais morte
non morte en racines fertiles pour nourrir à mon tour la terre où je gisais et où il fleurissait.
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Je crois que la prochaine série de toiles que je peindrai aura pour sujet l'Eau. Entendons-nous bien, je n'ai aucune envie de faire des
marines, sur fond de port avec petits bateaux et mouettes ou roseaux et flamands roses, ni de peindre un étang (qui se débrouille d'ailleurs très bien tout seul sans moi), avec nénuphars et
grenouilles ou vaguelettes et nuages en reflet.
Non, j'ai envie de suivre encore ces lignes aquatiques qui portent ma main sur la toile sans que j'y songe vraiment, je veux peindre la peau
de l'eau. J'ai envie de montrer le reflet charnu de la nudité lunaire à la surface d'eaux noires de nuit, je veux décrire l'intérieur habité des gouttes de pluie et des larmes serties sur la peau
d'une déesse rêvée. J'ai envie de l'eau de puits, de gouffres et de torrents violents, je veux la faiseuse de sel et stalactites, la perle géante sur la brindille veloutée et les cercles lents
autour de la pierre jetée disparue. Je veux le monde que j'imagine près de mon corps lorsque je m'étends dans le bain à la poudre de cannelle, je veux les algues-cheveux, les lunes humides et
minuscules, dures et lustrées, je veux le rouge-orangé du poisson amoureux, l'écume liquide des vagues vues sous la surface et l'écume crémeuse des vagues vécues à la surface, je veux la salive
et les larmes, la peau salée et la nacre perlée au mélange de nos eaux en nacelle...
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Toujours sur le même site, il y a cet Astronomica, attribué à Sisebut, roi des Visigoths d'Espagne, qui décrit la Lune croissante (allant,
donc, sur son plein) en ces termes délectables :
Et tandis que la Lune vagabonde suit les détours de son invariable carrière, le Soleil franchit les obstacles qui brisaient ses rayons, il
déchire le manteau de la nuit, et verse sur sa soeur des torrents de lumière.
Tout à l'heure, M. m'a encore dit que, lorsqu'elle est croissante, la Lune se déshabille lentement. Aidée du Soleil, elle fait glisser la robe
noire sur sa peau laiteuse et lorsque nous la voyons toute ronde et pleine, elle est nue, éblouissante.
L'astronomie ainsi expliquée devrait pouvoir faire naître des tombereaux de vocations...
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La définition la plus tordante qu'il m'ait jamais été donné de lire est ici, dans La signification des mots de Sextus, lettre S :
SOLIPUGNA, espèce de petite bête malfaisante, ainsi nommée parce que la chaleur du soleil la rend plus vive et plus mauvaise.
La monstrueuse mante religieuse brune que j'avais négligemment laissée se dessécher dans mon atelier trois jours durant et qui, à la faveur du
redoux, est subitement sortie de l'état de cadavre pour me sauter en vrombissant à la figure, se révèle donc être, après examen, une solipugna de la pire espèce.
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Au saut du lit, mon corps avait retrouvé ses angles. Je suis certes toujours environnée du bruissement d'ailes des corbeaux noirs de son
absence, mais leurs coups de bec qui pleuvent à gouttes et cheveux gris n'émousseront pas ce jour mon envie de plonger mes pinceaux dans la chevelure-rivière qui attend derrière le blanc de ma
toile.
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Je ne vais pas commencer ce jour ma nouvelle toile, la chevelure-rivière. J'aurais dû la peindre toute d'ondoiements bleus et de vifs poissons
rouge feu, d'algues en blancs croissants de lune et de méandres enjoués, seulement je sens qu'aujourd'hui je serais meilleure dans l'évocation d'une grise chevelure-pluie. Au lieu d'être droite
devant la toile vierge et dressée de pinceaux colorés, je suis ronde allongée, rongée de peine noire et je reste roulée en boule, comme émoussée des angles vifs de l'envie de faire.
J'aime le gris du ciel pleureur et aussi celui des cheveux de la vieillesse, mais cet après-midi je disparaîs sous un déluge de gouttes acides
et d'hideuses chevelures étiques, mon corps de pierre s'enfonce doucement dans le lit devant la fenêtre aux volets fermés.
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