Mercredi 29 avril 2009
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On admet assez facilement, ou du moins on se résigne à reconnaître, que le développement se réduit à la croissance du bien-être (terme éminemment hypocrite pour
désigner le bien-avoir) ou, tout au moins, que cette croissance en constitue une dimension incontournable. On est plus réticent à la transposition de
la formule en ce qui concerne le progrès. Soyons sérieux. Peut-on soutenir la thèse d'un progrès de l'homme et de l'humanité ? Progrès moral ? progrès intellectuel ? progrès des mœurs ?
Avons-nous dépassé la conscience morale du Bouddha ou de Socrate ? l'intelligence de Platon ? le rafiinement de la Chine ancienne ? Difficile à soutenir. Progrès politique ou progrès social
peut-être ? La marche de l'humanité vers plus de liberté, d'égalité, de respect des uns pour les autres est rien moins qu'évidente. La démocratie moderne est-elle plus démocratique que les
démocraties anciennes ou les démocraties sauvages ? Y a t-il moins de dictature aujourd'hui qu'hier ? Peut-on affirmer qu'il y en aura moins demain ? Que reste-t-il du progrès social, en dehors
de l'accroissement du PNB par tête ? Progrès des sciences, des connaissances ? Incontestablement. Mais quel intérêt si le seul progrès de l'humanité consiste dans l'adjonction de nouveaux termes
à l'Encyclopedia Universalis ?
Extrait Serge Latouche : La Méga-machine. Raison technoscientifique, raison économique et mythe du progrès, éd. La Découverte /
MAUSS, 2004.
Publié dans : Printemps 2009
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