Lundi 21 juin 2004
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17:59
C'était il y a quinze jours, Lui et moi nous nous dirigions en voiture vers les Balmes de Montbrun, je tenais le volant et au sortir des
lacis de la petite vallée nous étions tombés sur une dame effondrée par terre à côté de son vélo tordu, le pneu avant avait dû éclater et lui faire perdre l'équilibre au moment où elle
s'engageait sur le petit pont clôturant la descente. Je me souviens avec précision du petit collier de gouttes de sang sur le sombre goudron, de l'odeur même de ce sang coulant sur le front de
cette femme.
Donc nous aidons la dame à se relever, la faisons boire et tentons de l'apaiser ; apparemment, mis à part son front et son épaule qui semble
démise, elle n'a rien de très grave. Sur ces entrefaites, son mari qui la précédait et qui avait fait demi-tour ne la voyant pas arriver, se radine et lui lance de loin alors qu'il ne connait pas
encore la nature de l'accident : "et beh, faut faire attention quand on roule !". Lorsqu'il arrive à notre hauteur, croyez-vous qu'il regarde sa femme, la touche et la rassure ? Que non ! Il se
penche, navré pour cet engin, et ramasse le vélo tout de traviole cassé par sa Dulcinée avant de le fourrer rageur dans le coffre de ma voiture. Comme le guidon déborde sur le siège arrière et
que l'autre est pris par le fauteuil de mon petit garçon à la place voisine, je suggère que la blessée vienne plutôt s'installer à côté de moi... et là, messieurs-dames, ce butor, ce gougnafier,
cette crapule me réplique : "ooh, mais elle peut se plier !". Se plier... j'en ai le rire qui me reprend chaque fois que je repense à cette phrase, c'est presque du tragi-comique !
Cet homme nous laisse ensuite partir sans vérifier que sa femme peut nous indiquer efficacement le chemin de leur maison et nous dit que de
son côté il arrive à vélo ; nous la déposons à bon port, elle et son épave, et la laissons en compagnie d'un jeune homme en nous disant que nous finirons par croiser le mari sur le chemin du
retour, mais c'était sans compter sur les bars qui devaient émailler sa route car d'homme, point...
Fin de ce petit épisode, prétexte à décrire ici une des plages de temps que j'ai parfois avec celui que j'aime, un petit épisode comme ça,
juste pour le plaisir.
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Vendredi 18 juin 2004
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00:20
J'aime beaucoup Ricule et Paperassie, elles font preuve d'un humour involontaire qui sont fort à mon goût. En principe j'ai horreur de sortir
en ville pour "faire les boutiques" mais demain je demanderai à Céline si elles peuvent venir avec nous, mes deux copines. Céline, Ricule, Paperassie et moi-même, ça va faire beaucoup de i, ça,
dans les rues de Nî.
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Mercredi 16 juin 2004
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10:12
Vous en avez déjà vu, vous, des couillons qui font leur footing avec leur téléphone portable à la main en pleine ville ?
Moi c'était hier matin, vers les 8 heures... Le mien arborait un short vert fluo fendu sur les hanches et flottant élégamment sur le haut de
cuisses bronzées artificiellement, il portait une sorte de marcel satiné en nylon blanc rayé de rouge et ses chaussures de course en simili rideau de douche luminescent à trou-trous battaient le
goudron en piétinements sensés le faire passer pour rapide-félin-majestueux, une sorte de Masaï fendant les hautes herbes, en somme. Cet homme se regardait courir sans se douter de la vision
pitoyable qu'il offrait à gesticuler ainsi des bras et des jambes, le torse plié en avant, les genoux s'entrechoquant parfois et la tête dodelinant sous les effets conjugués de la chaleur et de
la crétinerie.
Mais le plus étonnant, le détail qui incite à dépasser l'attendrissement pour un homme courant en rond derrière quelques bourrelets de moins,
la note finale parfaite, c'était la main de ce Boso-le-Clown enserrant un téléphone portable, un téléphone pendant un footing d'à peine une heure, en plein jour, environné de centaines de
personnes. Il le tenait simplement là, au creux de la main, au cas où il aurait eu un grave problème d'orientation ou un malaise au milieu de sa course altière. Il trépignait et gigotait sur son
trottoir, louvoyant entre les crottes de chiens, ainsi rassuré par son appareil, inconscient de la pitié hilare qu'il venait d'éveiller en moi.
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Dimanche 13 juin 2004
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17:37
Deux nuits durant j'ai dormi dans la paume d'une main avec pour ciel de lit cinq doigts recourbés. Dans l'obscurité rouge-songe je détaillais
la pulpe du riche tissu digital spiralé de fils d'encre et de sang. A l'aurore, la lumière filtrée d'ongles irradiait doucement et cinq empreintes de soleil charnu réveillaient ma peau
nue de leur douce chaleur effleurée.
Détail d'une peinture de Carpaccio : Le Songe de Sainte Ursule
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Mercredi 26 mai 2004
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21:12
Les mots-clés par lesquels des gens débouchent le plus souvent ici sont : "images tresses" et "rire Fantomas"...
Comme je suis vidée et que je n'ai donc strictement rien à dire, je poste ça, je le gardais sous le coude au cas où et j'avais bien fait
!
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Mardi 25 mai 2004
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10:33
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Vendredi 21 mai 2004
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01:00
Il n'est pas près de moi en peau et chair vraie, mais chaque jour m'apporte son lot de rendez-vous avec lui. Je suis séparée de lui par
l'espace mais je prends soin de moi pour son regard océanisé d'absence.
Lorsque je mange le matin mes graines de tournesol, mes pétales de maïs et mes flocons d'avoine, quand je bois le lait riche, c'est pour
nourir ma peau et la faire plus douce.
Quand je me penche à ma fenêtre et laisse mes cheveux ondoyer au vent, je les cuivre au soleil pour ses yeux.
Lorsque je m'habille de bleu-gris, pose sur ma peau le talisman sélénique et coiffe mes cheveux en tresses ou liberté aérienne, c'est pour lui
que je me pare.
Quand j'abricote ma peau nue sortie de la rivière, c'est pour qu'il reçoive le miel salé de frissons.
Si je marche dans la forêt pentue, mes muscles s'étirent et s'affermissent pour se préparer fuselés à ses mains.
Lorsque j'alourdis de noir mes cils perlant d'amère eau salée, je crée des papillons tirelirant vers lui.
Quand je m'étire le matin avant de poser le pied au sol, ce sont mes nerfs qui s'élastiquent pour parcourir à grands pas les derniers jours
avant sa venue.
Et cette nuit, lorsqu'étendue sur le vert velours agressif de solitude je fermerai les yeux vers mon bien-aimé, je sentirai les battements de
mes veines qui s'ouvrent en fleuves écarlates ignorant le partage des eaux et se frayant un passage souterrain de racines fluidesang pour venir irriguer son sol d'Arbre. Dans ma
nuit noire, des ruisselets en amont vers mes joues me diront que les fleuves baignent ses racines et je sourirai à l'idée de grenades pour sa bouche.
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Mercredi 19 mai 2004
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18:54
Ce jour j'aurais été particulièrement légumière. J'ai mangé, terminé deux trois détails de bijoux, j'ai mangé, pris un bain à la menthe
(normalement je trouve ça idiot, de prendre un bain seul, mais là j'avais envie de me retrouver dans la position du nénuphar), j'ai mangé, lu un peu Du Bartas, j'ai écrit pour les berges du
ruisselet, et puis bientôt je vais manger encore : un risotto au saumon fumé.
En fait de légume, j'ai plutôt été une légumineuse, bien lourde étouffe-chrétien...
Oh si, la chose que j'ai réalisée de bien après avoir lu Hélicë, c'est la découverte de Zao Wou-Ki. Je mets une image d'une de ses peintures
superbes : Hommage à Claude Monet Tryptique février/juin 91, en fait c'est un truc trafiqué avec ma webcam (si, j'ai osé mais je n'ai pas d'autre moyen !), en effet, les
images du site sont au format Bitmap et je ne peux les mettre dans ce blog mais j'avais quand même envie de voir une de ces peintures ici. Pour regarder la vraie et d'autres, c'est
ici !
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Lundi 10 mai 2004
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22:12
En pâte à modeler (soit en "pâte à môler", comme dit mon petit) j'ai des cheveux oranges, un grand corps arrondi, des bras patatoïdes et de
petites jambes arquées. Il m'a offert ce portrait cet après-midi et je dois dire que je suis assez flattée, je le garderai précieusement.
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Lundi 10 mai 2004
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00:04
Fil de cuivre et pierre de Lune
contre ma peau Lune et Vénus
Lune, Vénus et MotsdeLui
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