Ete 2003

Vendredi 19 septembre 2003 5 19 /09 /Sep /2003 00:00

Toute la sainte journée, je me suis baignée à sa voix/ses mots.

Je suis dans le lit du ruisselet et il me baigne, me fait rouler dans le petit torrent, les galets roulent aussi avec moi et j'écoute sous l'eau les milliers de roulis minéraux polis, je vois des éclairs d'argent de Lune, des scintillements de poissons vifs et minuscules.

Il y a ce rocher doux aux algues lentes qui me caressent, je m'y arrête un moment pour mieux savourer le mouvement frais du liquide autour de moi et puis je me laisse à nouveau emporter par le courant. Je me laisse porter et bercer, parfois tout doux et parfois plus vif car il y a quelques rapides. Au dessus de la peau de l'eau, je vois le Soleil qui me perçoit et me regarde en mon lieu secret aquatique.

Je sais où me mène ce ruisseaulit sinueux, c'est un endroit blotti en amont du Delta du Rhône. Le courant menu mais sauvage rejoindra là le Fleuve si présent à travers son pays et qui aura lui aussi parcouru des centaines de kilomètres jusqu'au moment ou le Ruisselet viendra se jeter en lui. 

Si le Soleil et la Lune le veulent, ils continueront leur cours et se laisseront fondre ensemble dans la mer immense, celle qui, si grande, commence un peu à percevoir la rotondité de la Terre

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Jeudi 18 septembre 2003 4 18 /09 /Sep /2003 00:00

Ce soir, ma belle et douce maman m'a téléphoné pour me faire part de la mort de la meilleure amie de ma grand-tante, qui est déjà partie vers là-bas il y a un peu plus d'une année.

Alors, parmi toutes mes pensées vers elle dirigées, me sont aussi revenus des souvenirs de chez elle.

Elle habitait Nîmes et avec ma tante, nous allions passer des après-midi entières dans son petit appartement cosy et douillet. Il embaumait en permanence la tarte aux pommes ou le craquelin chauds. Je devais avoir dans les 7 à 12 ans, je crois, et je passais là des heures entières à écouter ces dames papoter, je restais assise sur ma chaise, je regardais les bronzes de la cheminée, les tableaux et quelques croûtes champêtres aux éternels mazets au milieu des lavandes. Nous y goûtions aussi, ça, c'était le bon moment parce que le reste du temps, je dois avouer que je me barbais passablement... Mais en fait, non, avec le recul, je m'aperçois que, derrière cette immobilité forcée et cette écoute imposée des discussions aïeules, il y avait un certain plaisir à pouvoir maîtriser mon envie de courir et de sauter. Je sortais de là toute fière d'avoir réussi à me fondre dans le décor vieillot et embué de ces scènes toujours identiques.

Bien sûr, j'avais parfois des fou-rires gigantesques et c'était encore une joie sans fond que de pouvoir réussir à donner le change, de résister à l'envie d'exploser de rire devant l'évocation de ces misères encore sans gravité qu'apporte la vieillesse ("j'ai des oignons et des cors aux pieds" ça alors, ça me réjouissait particulièrement !).

Malgré tous mes efforts, j'ai échoué à passer pour une petite fille modèle le jour où, éprouvant le besoin de prendre un peu d'air, j'ai avisé sur le balcon de notre hôte des figues qui séchaient sur une claie. C'était par un beau temps de printemps, les gens passaient en dessous insouciants et je me mis en devoir de laisser  tomber sur eux une ou deux figues molles, ce spectacle de ces dames outrées secouant rageusement leur gilet point mousse me remplissait d'une joie incomparable. Je le faisais très subrepticement mais, pour ma perte, une de mes victimes n'étant autre que le propre frère de Madame F., monta dare-dare et occasionna chez moi une honte monstrueuse partagée par ma pauvre tante qui se voyait ainsi trahie par sa propre nièce si calme.

Encore un souvenir... Le tapis de la chambre de Madame F. , qui était une sorte de grande fourrure blanche et grise (le tapis, pas Madame F.). Je demandais à aller faire pipi pour me glisser ensuite dans cette pièce et venir me rouler sur la douceur incroyable, ça sentait encore un peu le petit fauve, ça glissait sur le parquet ciré et ça me faisait éternuer. Je revenais de là un peu poussièreuse, sans doute, mais j'avais fait le plein de moelleux frais et ondoyant...

Sur ce coup là, ceux qui m'ont lue jusqu'au bout sont d'un grand courage ou d'une grande volonté de s'endormir !

Merci, Madame l'amie de ma tante pour tout ça !

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Mardi 16 septembre 2003 2 16 /09 /Sep /2003 00:00

Ce matin, j'ai eu accès à un trésor impalpable mais qui sera ô combien présent dans toute ma journée.

Je l'entends qui chuchote à mon oreille, qui me dit "je vous propose de...", qui me réchauffe et me rassure. C'est chaud et velouté, fort et profond, chantant et plein d'inflexions, pas précipité, non, mais posé et calme mais ça va quand même trop vite, ça passe si vite que je suis tentée de recomposer et recomposer encore, je l'ai fait trois fois comme une galopante échevelée, tant pis, tant pis...

Ce traje de luces dont je parlais s'enrichit jour après jour de nouvelles broderies de fils d'or et de soleil.

Je suis heureuse et

je suis très mal mais

je suis heureuse !

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Dimanche 14 septembre 2003 7 14 /09 /Sep /2003 00:00

C'est un habit de lumière que le Soleil me confectionne, un traje de lumbres y de fuego, il me bronze et dore et flamme. 

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Vendredi 12 septembre 2003 5 12 /09 /Sep /2003 00:00

J'écoute cette chanson de U2 et l'eau des yeux, c'est pas bon pour mes joues, ça me les abîme et puis trace des sentiers salés, ça fait comme des réseaux de limaces qui me tracent.

Cette robe de velours rouge sang profond est-elle pour moi ? Non, impossible. Je crois qu'elle ne se laissera pas passer, que je ne sentirai pas son glissement sur moi.

Passer la tête, pointer les doigts qui entraînent les bras dans les tunnels jumeaux, sentir l'étoffe se poser sur mes épaules, épouser mes seins, la sentir prendre ma taille puis s'évaser sur mes hanches et s'arrêter aux alentours des cuisses et tourner avec moi.

Me retourner vers le miroir et regarder sans pitié, comme se regardent les femmes elles-mêmes et entre elles.

Ressentir derrière moi le regard de celui qui m'a taillé ces atours et qui au contraire me déclare que c'est la robe qu'il me fallait, qu'elle me sied bien.

Non, je crois qu'elle n'est pas pour moi, on va me l'arracher avant que j'aie pu la porter. Je n'aurai même pas le plaisir de l'entendre me dire qu'il veut me l'ôter, me la déchirer.

Ca m'a mordu cette nuit, je me suis réveillée avec de ces immondes sentiers de limaces qui partaient de mes yeux et parcouraient ma non-robe de nuit noire.

                 

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Jeudi 11 septembre 2003 4 11 /09 /Sep /2003 00:00

Evidemment, ça fait bizarre, de voir le mot bonheur pile sous la date du 11 septembre mais j'ai envie de parler du bonheur ce jour comme j'ai eu envie de parler à ces couillons du magasin avec qui j'observais les minutes de silence, il y a deux ans. J'ai eu envie de leur faire défiler d'autres dates atroces devant leurs non-yeux, pour qu'ils voient comme en pâte à modeler immonde et puante les corps de tous les autres gens, comme ces victimes dont veut parler Gilles, par exemple.

Evidemment, maintenant que j'ai mis ce dernier post, le mot bonheur ne se trouve plus pile en dessous du 11 septembre, hein, ça fait plus jeûli, comme ça, plus chic ?

Quoi, rien à voir ?

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Jeudi 11 septembre 2003 4 11 /09 /Sep /2003 00:00

Bonheurs : je vais avoir du mal à ne pas faire en simple style télégraphique, aujourd'hui, je suis en bonheur/peurjoie.

Parce que ce matin, dans le lit où j'étais seule, mon garceliléo s'est glissé tout douillet et qu'il m'a demandé : "maman, c'est la Lune qui fait chauffer le lait du Soleil ?" Oui, mon petit, c'est la Lune qui, avant d'aller se coucher, lui donne le sein, pas besoin de casserole, le sein rempli tout plein est là, cette nuit, il s'est gorgé de lacté pour Le faire boire et qu'il soit beau pour tous.

Parce qu'ensuite, alors qu'il était à l'école, j'ai vu un cheval passer devant ma fenêtre à laquelle je secouais mon chiffon de poussière. Je n'ai pas remarqué le cavalier qui lui-même ne m'a pas vue car ils me tournaient le dos mais j'ai pu contempler à loisir l'énorme croupe de la bête, qui fait qu'on a toujours l'impression d'avoir affaire à une jument. C'est fendu comme pas deux, avec des fossettes nerveuses de chaque côté, c'est ample et mouvant, qu'est-ce que c'est beau, un derrière de cheval, satiné et moiré !

Parce qu'une femme aux cheveux rouge sang m'a saluée du haut de sa bicyclette.

Et surtout, surtout, parce que j'ai fait une chose passionnante : j'ai donné quelques grammes à mon facteur. Mes mains ont lâché prise et laissé le Facteur prodigieux prendre ce que je lui tendais avec peurjoie. Je lui ai dit merci et je l'ai vu partir loin. Vas-y, Facteur, porte, porte et ne perd pas, s'il te plaît.

Parce qu'ensuite, j'ai parlé avec une personne Elle de toute beauté et qu'elle m'a écoutée et qu'elle m'a dit de belles choses.

DieuEsse, mercimercimercimercimercimerci...

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Lundi 8 septembre 2003 1 08 /09 /Sep /2003 00:00

Hier, j'ai marché sans m'en apercevoir, comme endormie et bercée, les yeux fixes dans une forêt antique aux (h)êtres séculaires et aux cèdres puissants. Mes jambes me portaient, mes yeux paraient aux cailloux mais j'étais en même temps ailleurs, ici et là. Je me sentais capable de parcourir des centaines de kilomètres de mes compas, les choses défilant sur mes côtés, comme dans ces scènes où les acteurs sont dans une voiture qui ne bouge pas mais où on fait défiler un décor pour rendre le déplacement.

Je me suis éveillée lorsque je me suis trouvée au pied du cèdre, il était gigantesque, immense, et ses branches/bras pouvaient me balayer, je savais que sa tête tout là-haut me regardait, il était immobile, bien sûr, mais je percevais son mouvement intérieur, sa sève se préparant pour la froide saison ralentissait. Je sentais son pouls battre quand je pressais petitement le tronc si dur si droit, mes deux bras n'y suffisaient pas, moi qui aurais voulu l'englober totalement. Je savais que sa sève se faisait plus lente mais qu'elle resterait tout aussi bouillante et vive dedans pour attendre le chaud. J'avais besoin de laisser mes mains se griffer à son écorce et je pressais, pressais, mon visage et tout. Les racines profondes dessinaient un arbre souterrain à l'envers avec la terre pour ciel et le ciel pour terreau et le tronc pour axe viril et aussi pour fourreau. Tout se mélange Lui, Ciel et Elle, Terre, tout se communique et me communique. Je pleure, discrète miraculeusement. Je mélange les temps, pardon, tant pis. J'ai tout gardé en moi sans rien laisser paraître.

Puis le soir, le cèdre me reprend quand je Lui parle et je me pleure de joie. Je veux lui dire dire mais pas trop, doucement et lentement pour qu'Il me garde et me communique encore, me caresse et me donne et que je lui donne encore et le caresse...

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Vendredi 5 septembre 2003 5 05 /09 /Sep /2003 00:00

J'ai une voisine fantastique. Elle est arrivée voilà deux ans et demi, avec son fourgon, ses meubles, ses plantes qu'elle possède par dizaines : des ficus, des trucs tropicaux divers, des piments, tout. Elle m'a même donné deux patates de Chine pour que je les repique, c'est bizarre, ça pique et on se demande comment l'idée est venue à quelqu'un d'appeler ça des pommes de terre !

Elle à pris possession de l'immense demeure voisine de la nôtre. Dans le village, on persistera toujours à l'appeler "Le vieux Fusil" car c'était là un restaurant fameux où  Gérard Depardieu et  Jean Carmet venaient souvent manger ensemble. Cette demeure a été construite au 17e siècle et elle fait rêver, j'ai posé des questions sur elle à notre arrivée et on m'a dit que c'était celle où le fameux film avec Romy Schneider et Philppe Noiret avait été tourné, j'ai été fort déçue lorsque, après quelques recherches, je me suis aperçue qu'il n'en était rien, que le film avait été tourné dans le sud Ouest.

Nous n'avions que peu discuté ensemble, tout occupées que nous étions, les unes et les autres, à la restauration de nos maisons. Mais le lendemain de ce jour ignoble où Le Pen, ce saligaud, s'est vu propulsé jusqu'au second tour de nos élections présidentielles, j'ai stoppé net devant son immense portail où des lettres géantes à la craie disaient son dégoût et sa frayeur, elle y parlait de honte et ça m'a fait du bien. Ces inscriptions n'ont pas été du goût de tout le monde car depuis, elle subit des arrachages de plaque d'immatriculation, des rayures intempestives sur sa nouvelle voiture, c'en est à vomir. Jérôme et moi, nous étions si contents de tomber sur quelqu'un dans les parages pouvant dire ainsi sa tristesse que nous avons toqué à sa porte et, chose ridicule mais bonne au coeur, elle a ouvert presque en larmes et nous nous sommes tombés dans les bras.

Elle a plein d'idées, veut ouvrir des ateliers ouverts à des artistes, faire une galerie d'art et d'artisanat d'art... En plus, elle a une bibliothèque alléchante. Je n'ai pas encore commencé de véritable exploration, il faudra que je le lui demande, j'ai simplement jeté un coup d'oeil fugace quand j'étais chargée de donner à manger à ses chats pendant son absence, je me suis approchée d'elle mais je n'ai pas osé m'attarder plus à regarder et toucher les livres car c'est tout de même assez intime, finalement, une bibliothèque, même si ça trône au milieu d'un salon. J'ai simplement vu des bouquins de Cyrulnik, Cossery, Irving, Fante et quelques trucs ayant trait à des pratiques pour le moins sorcières (!).

Dans mon coin à moi, il y a de tout : regardez ce que j'ai trouvé hier sur mes chemins, un petit dieu cornu-velu et couronné mais qui commence à roussir et à se déssecher. Je trouve qu'avant Mabon, c'est assez réjouissant, des choses comme ça, ce petit symbole concordant, vivant et naturel du vieux Roi qui se rabougrit. Je l'ai délicatement détaché de son arbuste d'églantier et je l'ajoute à ma Boîte aux trésors magiques.

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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Mercredi 3 septembre 2003 3 03 /09 /Sep /2003 00:00

Oui, je lis, je lis et relisrelisrelierelie au son du Vespertine de Björk. Puis, je me laisse faire, ils viennent, ils arrivent par vagues, ces petits coursiers si forts si doux, que je ressens si feu. Ils me coursent, me chassent à courre et me couvrent.

Je me laisse attraper, oui, je me laisse faire, ils me galopent tant ! 

Par Llunet - Publié dans : Ete 2003
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