Automne 2003

Mercredi 19 novembre 2003 3 19 /11 /Nov /2003 00:00
Parmi ceux qu'il m'a envoyés cette nuit, j'ai choisi celui qui me paraissait le plus sombre possible sans être noir. Je l'ai choisi  de robe auburn, c'est à dire brun presque rouge, rouge sombre, je l'ai voulu à forte croupe, presque un Percheron. Bien sûr, je le monte à cru sans harnachement ni cape ni selle, toute nue et agrippée à la crinière qui fleure si fort ses cheveux de torrent, nous galopons dans le froid et je peux voir la vapeur sortie furieusement des forts nasaux. Je sens tellement bien cette chaleur pansue, cette puissance de tendons et de nerfs si vifs, cette terre remuée sous le choc des sabots...
Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Samedi 15 novembre 2003 6 15 /11 /Nov /2003 00:00

A présent l'atelier est prêt, si je quitte un peu le reste de la maison, ces caves voûtées me verront me débattre avec pigments, argile, papier mâché, bouts de laine, racines et liens divers...

Surtout, surtout, je vais devoir mener le combat avec les fours. Le four à verre s'était déjà laissé dompter il y a quelques années, j'avais pu y thermoformer des petites pièces pour des bijoux mais celui qui sert aux cuissons céramiques me paraît plus rétif, avec son énorme régulateur et ses résistances à ressorts.

Mais je veux, je veux travailler à tout ça, je n'enverrai plus de lettres de démotivation à des peignes-cul dynamiques de vide. Je risque d'essuyer un échec cuisant, une honte sans précédent mais tant pis, je ne veux pas avoir l'ignoble regret de ne pas avoir essayé, au moins, et puis même si je rame lamentablement, j'aurai tout de même la satisfaction de faire le "métier" que j'aime.

Alors défilent dans mon esprit l'alumine calcinée, la colémanite, le silice broyé, la cendre de bois dur, l'oxyde d'étain, le rutile en poudre, la dolomie, le corindon, l'engobe lie de vin. Je vois des émaux aligator, beige pyritique, vert fjord, lustre noir, pourpre cramoisi, cuivre blond, rouge opale, topaze fumé, vert herbe. Je remue de la solution marmorisante, de la gomme arabique, de la copaïva, du cément, du gesso, de la grisaille au trait brun rouge...




Je retrouve tous les carnets remplis des idées et envies que j'ai eues au fil des années, je convoque à nouveau les images qui me sont venues grâce à des livres, des films, des gens, grâce à des mots, des situations, des musiques, grâce à des rêves, des paysages défilant vus à travers la vitre d'une voiture filant vite, des odeurs douces ou âcres, grâce à des émotions, des colères et des fureurs... Toutes ces images resteront toujours de l'intouchable mais en leur donnant une interprétation et une forme dans ce monde-là, j'aurai juste un peu la joie d'avoir l'impression de m'en approcher plus, d'avoir le nez collé à la vitrine ou comme de les voir en loupe et non plus de les avoir seulement rêvées, ça me permettra d'attendre le jour où, derrière la mort, je les pénètrerai vraiment.

Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Jeudi 6 novembre 2003 4 06 /11 /Nov /2003 00:00

Me voici donc de retour. Avec luiM, j'ai vu, touché, bu, senti, j'ai marché dans la rue incroyable, la rue aux détours, aux changements étranges, aux largeurs variables, aux jardins fins en bordure, une rue pavée un peu herbue et qui tire la langue.

...

A présent,  je me détresse avec lenteur d'un Autre, les nattes échappent à ses mains, il le sait maintenant. Alors, douce autant que possible, je le laisse mêler ses doigts aux tortillons de mes cheveux. Ca me larme à grosses gouttes pas tièdes.

Puis je me retresse avec des éclats de rousseur, je démêle de ma brosse en soies de sanglier le nid embrouillé sauvage de mes cheveux auxquels je n'avais pas voulu toucher depuis la pluie avec luiM. Depuis ce matin où j'avais voulu le laverfrottersavonner, quatre jours sans avoir brossé ma chevelure rien que pour le garder dedans en petit hamac, suspendu et niché. Pour garder aussi l'odeur de chez lui, son parquet roux, ses meubles de bois blond, pour conserver un peu du tissu de son lit, ce fourré si doux, si chaud, si frais parfois des bourrasques de draps et couvertures brusquement envolés soulevés sur bouches et joues et lèvres et creux et reins et peau mouvementés bouleversés...

Alors aujourd'hui, le petit hamac noué n'est plus là, mais je l'ai remplacé par des serpentresses, un de chaque côté, souvent appuyés dans mon dos. Comme ça, quand je suis tournée vers le Nord, mes yeux sont vers lui en vraie direction et si je suis vers le Sud ou ailleurs, mes deux amis chevelus se dressent aussitôt et je les sens qui le cherchent, le respirent, font des sifflements précis de vitesse, poussent vers lui.

Oui, mes cheveux poussent vers lui, racines aériennes.

Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Mardi 28 octobre 2003 2 28 /10 /Oct /2003 00:00
Demain, pour voir la couleur de son ciel, je n'aurai pas besoin de regarder cette webcam...
Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Mardi 28 octobre 2003 2 28 /10 /Oct /2003 00:00

J'en suis encore secouée de rire : ma mère vient de me relater la dernière frasque d'une amie, une sculptrice (j'aime pas auteure mais j'aime bien sculptrice) excentrique, un peu fofolle toujours rigolarde que j'adore.

Elle hébergeait ce week-end un ami, un moine cistercien, le père Jean. L'appartement où elle l'accueillait étant quelque peu exigü, il a dû dormir dans le lit de son improbable amie. Mais le plus beau, la cause de mon hilarité et de ma grande joie, c'est que cette charmante personne ne dort que dans des draps de satin blanc surmontés d'une sorte de voile vaporeux pendant du plafond. Alors bien sûr, frère Jean, bien attrapé, a bien été obligé de se glisser dans tout ce fourniment. J'imagine l'expression de sa figure à la vue de cet attirail féminin, son immobilité apeurée et déjà presque contrite, j'aurais donné cher pour être une mouche, ce soir-là !

Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Vendredi 24 octobre 2003 5 24 /10 /Oct /2003 00:00

Je suis tombée, ravie, sur ce mémoire écrit par une Québécoise pour une maîtrise en sciences humaines des religions.

Bon, allez, j'ai un peu honte d'avouer que je n'en ai pas encore terminé la lecture, on va me trouver imprudente de le mettre en lien, mais ce que j'en ai lu me semble honnête, intelligent et sérieux, avec même une pointe d'envie de la part de son auteur, parfois...

Bien sûr, si tout le monde avait déjà trouvé cet ouvrage depuis belle lurette, je vais passer pour celle qui devrait arrêter de ramer avant d'attaquer la falaise, encore !

"Il faut se rappeler que, puisque nous ne faisons qu’effleurer la surface du monde néo-païen québécois, cette recherche n’est pas définitive. Cependant, elle donne un premier aperçu d’une mouvance qui grandit dans la contre-culture de notre société nord-américaine." Quelqu'un qui dit un truc de ce genre me paraît digne de lecture, non ? ;-D


Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Jeudi 23 octobre 2003 4 23 /10 /Oct /2003 00:00

C'est une sculpture que mon père avait réalisée après nous avoir regardés, mon bébé et moi, pendant que je donnais le sein.

A voir, elle est déjà belle (même si certains la trouveront sans doute un brin classiquette) mais alors, à toucher, c'est un pur délice... En plus, quand on passe la main sur elle, ça fait un son étrange, vous aurez beau avoir la main la plus manucurée, la plus crémée et fragile, ce bruit est là pour vous donner l'impression que vous avez des mains de bûcheron, j'adore, impossible de la toucher en restant discret !

Dans les musées, il paraît que les visiteurs ont du mal à se retenir de palper les oeuvres qu'ils approchent, surtout, bien sûr, les sculptures, alors moi je ne me prive pas de le faire très souvent avec celle-ci. Un jour, j'ai longuement plongé cette Mamma mia (toujours pas compris comment on met les accents des langues étrangères, il manque donc l'accent sur le i) dans de l'eau très chaude pour avoir le plaisir de la sentir ensuite tiède sous ma main, ça n'a pas duré longtemps, mais ça valait le coup, croyez-m'en.

      

 
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Mardi 21 octobre 2003 2 21 /10 /Oct /2003 00:00

Une nuit, une nuit, s'il me garde, je l'emmenerai dans la caverne Grenas, pas loin d'ici.

Je me ferai argile avec lui et nous entrerons doucement dans ce corps de dame colline, tout chauds, tout humides de pluie d'envie, colorés des reflets rouges de la lueur de petite flamme par nous portée là, pour mieux voir mais aussi pour se regarder englobés dans la chemise safranée de l'antre glissant, se mélangeant à elle, rouges comme elle, la Grenas. En son dedans, tout au fond, nous lui ferons l'amour, et elle sera encore plus glissante, puissante et mouvante pour nous, encore plus suave, chaude de lui et moi, salée d'eau de sel fertile pour que pousse là une secrète fleur blanche qui s'ajoutera aux offrandes des hommes qui, avant nous, lui avaient parlé, lui avaient demandé.

Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Lundi 20 octobre 2003 1 20 /10 /Oct /2003 00:00

Un fragment de ma liste :

-"Laisser place à la merveille"

-"Arrêter de compter sur mes doigts"

-"Mettre l'entonnoir à la poubelle"

Par Llunet - Publié dans : Automne 2003
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Dimanche 19 octobre 2003 7 19 /10 /Oct /2003 00:00

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