Origami

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C'était il y a quinze jours, Lui et moi nous nous dirigions en voiture vers les  Balmes de Montbrun, je tenais le volant et au sortir des lacis de la petite vallée nous étions tombés sur une dame effondrée par terre à côté de son vélo tordu, le pneu avant avait dû éclater et lui faire perdre l'équilibre au moment où elle s'engageait sur le petit pont clôturant la descente. Je me souviens avec précision du petit collier de gouttes de sang sur le sombre goudron, de l'odeur même de ce sang coulant sur le front de cette femme.

Donc nous aidons la dame à se relever, la faisons boire et tentons de l'apaiser ; apparemment, mis à part son front et son épaule qui semble démise, elle n'a rien de très grave. Sur ces entrefaites, son mari qui la précédait et qui avait fait demi-tour ne la voyant pas arriver, se radine et lui lance de loin alors qu'il ne connait pas encore la nature de l'accident : "et beh, faut faire attention quand on roule !". Lorsqu'il arrive à notre hauteur, croyez-vous qu'il regarde sa femme, la touche et la rassure ? Que non ! Il se penche, navré pour cet engin, et ramasse le vélo tout de traviole cassé par sa Dulcinée avant de le fourrer rageur dans le coffre de ma voiture. Comme le guidon déborde sur le siège arrière et que l'autre est pris par le fauteuil de mon petit garçon à la place voisine, je suggère que la blessée vienne plutôt s'installer à côté de moi... et là, messieurs-dames, ce butor, ce gougnafier, cette crapule me réplique : "ooh, mais elle peut se plier !". Se plier... j'en ai le rire qui me reprend chaque fois que je repense à cette phrase, c'est presque du tragi-comique !

Cet homme nous laisse ensuite partir sans vérifier que sa femme peut nous indiquer efficacement le chemin de leur maison et nous dit que de son côté il arrive à vélo ; nous la déposons à bon port, elle et son épave, et la laissons en compagnie d'un jeune homme en nous disant que nous finirons par croiser le mari sur le chemin du retour, mais c'était sans compter sur les bars qui devaient émailler sa route car d'homme, point...

Fin de ce petit épisode, prétexte à décrire ici une des plages de temps que j'ai parfois avec celui que j'aime, un petit épisode comme ça, juste pour le plaisir.
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Publié dans Printemps 2004

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