Il pleut des cheveux gris

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Je ne vais pas commencer ce jour ma nouvelle toile, la chevelure-rivière. J'aurais dû la peindre toute d'ondoiements bleus et de vifs poissons rouge feu, d'algues en blancs croissants de lune et de méandres enjoués, seulement je sens qu'aujourd'hui je serais meilleure dans l'évocation d'une grise chevelure-pluie. Au lieu d'être droite devant la toile vierge et dressée de pinceaux colorés, je suis ronde allongée, rongée de peine noire et je reste roulée en boule, comme émoussée des angles vifs de l'envie de faire.

J'aime le gris du ciel pleureur et aussi celui des cheveux de la vieillesse, mais cet après-midi je disparaîs sous un déluge de gouttes acides et d'hideuses chevelures étiques, mon corps de pierre s'enfonce doucement dans le lit devant la fenêtre aux volets fermés.
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Publié dans Automne 2004

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