Que donne t-on à manger à une déesse ?
D'abord, il faut allumer un feu - une femme doit vouloir brûler, de passion, de désir, de mots, pour ce qu'elle aime vraiment. C'est en fait cette passion qui permet de préparer la nourriture et ce sont les idées substantielles originales qu'on fait mijoter ainsi. Cuisiner pour Baba Yaga suppose qu'on ait impérativement un bon feu allumé sous sa vie créatrice.
Clarissa Pinkola Estès dans Femmes qui courent avec les loups, histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage.
La mienne boit du petit lait lorsque je regarde dormir celui que j'aime, le matin, alors que j'entame ma journée de travail dans l'atelier. Cette pièce est voisine de ma chambre et je laisse toujours la porte entrouverte de façon à pouvoir l'entendre changer de position. Oui, j'aime l'écouter bouger dans mon lit, je sais la chaleur qui se répand doucement, j'aime être éveillée attentive alors que lui est encore embué de sommeil. Parfois je m'approche sans bruit, le pinceau à la main, je le regarde et m'émerveille des lointains dans lesquels le plonge le sommeil. Sa main fineforte est posée ouverte sur le drap, c'est la belle main nerveuse d'un homme mais si je réussis à y déposer un baiser sans que mon bien-aimé se réveille, elle devient fugacement celle d'un enfantelet odorant de rêve lacté...