Son odeur
Il y a l'odeur de son tissu, je veux la garder. J'ai déployé l'étoffe, en ai joué, l'ai soulevée au dessus de mon visage, m'en suis couverte, l'ai fait glisser glisser, elle s'est abattue sur moi délicieusement.
Mais je dois prendre garde, il ne faut pas que je fasse ça trop souvent car sinon elle va partir, son odeur, je ne sais où : les molécules vont s'élever avec leur petite charge précieuse, elles vont la confier aux oiseaux et moi je veux les garder, mes moléculesLui.
L'effluve de graine, de foin, d'herbe fertile roulée de corps, d'aigu charnel qui glisse mouillé et aussi le parfum de peau qu'on possède déjà au sortir du ventre de la maman, une fois lavé du vernix gaseosa, l'arôme de l'hérissé, la senteur de la forêt ou du doux duvet, je veux tout garder, caché, plié, fourré, enroulé, douillet, musqué, au fond du tissu qu'il m'a offert. Alors je garde en boule toujours chaude, ça fait comme un coeur vivant, ça se prend à deux pleines mains pour y poser le visage, garder ensuite contre ventre et seins et cou, y déposer des perles salées de joie ou d'envie de toutLui.
Ca donne aussi de ces assauts de bonheur, comme un livre qui attend pour nous dérouler la suite de son monde : je fais des choses et je reviens à la boule odorante, je rejoins de la matière de lui au milieu de mes pensées de lui.
Mes cheveux longs sont mes alliés, ils sont là pour dérober à la vue mon profil parfois perlé et aussi, lorsque j'y ai longtemps laissé nicher la boule de ses parfums, ils me les restituent par la suite, mêlés à mon odeur de graine. Alors, quand je sors et croise dans la rue un importun quelconque, j'approche l'écharpe kératine de mon nez, inspire à fond et je le retrouve, mon Soleil volcan doux feu violent mouvant ondoyant comme l'eau vive de lave qui coule coule en obsidienne qui me flotte, me consume et me vitrifie... (Je le je le je le je le il me il me il me il me...)