Aucune douceur, marre de la douceur
Non, pas douce, je ne suis pas douce, aujourd'hui, je suis rêche et revêche et je suis bouillante de fureur de lui. Je ne suis pas colère contre lui, bien au contraire mais je suis en fureur de son manque.
Donc, pas aimable, ce jour, pas agréable et souriante, tout me pèse, ces gens de la rue qui me parlent, je ne les écoute pas, je les vois en brume et me contrefiche de ce qu'ils en pensent. Et je vais lui faire peur s'il lit ça, se disant que j'exagère, quand même, que ça dépasse un peu les bornes, moi pourvue de famille mignonne. Seulement, non, c'est bien ça, je ne serai pas "aimable", au sens premier du terme, aujourd'hui. Pas agréable et toute légère et douce. Je veux juste m'appliquer à ressentir ces fourmillements qui font trembler mes doigts mais qui au lieu de les amollir les font se crisper en envie de cogner.
J'ai envie de courir près du Cros d'Arène, d'y descendre avec furie, de sentir les buis mauvais qui me fouettent le visage, j'ai envie de rester assise au fond de ce creux humide que je connais, y rester avec mes genoux idiots et mes cheveux qui ne servent à rien. Demeurer là sans bouger, le regard fixe, redevenir comme je le veux ces deux globes oculaires menaçants qui ne voient rien, pouvoir garder cette fixité volatile de basse-cour stupide et rester stupide hagardement, comme de ces ahuris adolescents qui croient aimer des trucs noirs et font les ténébreux puissants de concentration satanique, les ahuris. Je saurai que je suis pareille à ces butors mais tant pis, je ne vais pas faire du "chiqué", comme dit l'autre, ça me vient comme ça et je m'enfonce donc encore dans mes sables mouvants, dans ma boue imbécile adolescente.
J'ai donc envie de pouvoir regarder ce dans quoi j'allais souvent petite déjà et qu'on me reprochait, je veux retrouver ce plaisir minéral du silence et du point regardé mais non vu pour cause de départ dans un lieu où je ne suis plus moi mais où je sais que je suis dans moi, dans ma profonde imbécilité. Rien n'est clair dans ce que je dis ou alors c'est trop criant de connerie vide mais je n'en ai sincèrement rien à cirer.
Rencontrer un gars qui me poursuivrait pour dieu sait quelle horreur sur moi, rien que pour avoir le plaisir de lui envoyer soudainement ensuite des coups de pieds frénétiques, lui par terre, moi au dessus de lui et voir sa tête qui n'y croit pas, sa surprise d'être tombé sur un os, comme ça m'était déjà arrivé une fois à Nîmes : retrouver cette jouissance de me laisser aller gratuitement à ma fureur, ma fureur de peur, lui montrer que mes muscles n'ont plus rien de féminin mais qu'ils sont comme les siens, striés et nerveux encore plus que les siens et plus encore durcis par ma haine de ce moment. Cette ignoble envie de sentir les chocs du bout de la chaussure lourde sur la tête de cet ex-bébé si humain, sur ses jambes et ailleurs, lui marcher dessus et y danser une sévillane pour qu'il voie l'effet que ça fait, une danse sensuelle sur son corps-parquet qui craque. Je donnerais cher pour ça, aujourd'hui.
En plus, c'est d'un délicieux confort, invoquer la légitime défense, pour ce genre d'agression, et puis c'est pas jeûli pour celles qui l'ont vécu en vrai sans pouvoir rien faire mais que ceux qui sont choqués par mes misérables petites choses de violence policée sans comprendre que ce sont des mots agissant dans moi seulement, aillent voir chez Bobby si j'y suis.