L'écharpe blanche
Mon corps douloureux ressentait cette nuit ses mains de chaude douceur, j'étais enroulée dans les tissus, ma joue se caressait à l'étoffe d'eau verte du divan menu où je dors seule à présent, tout près de mon atelier.
Après un rêve pas tout à fait rêve de corps de femme moussue et d'arbre noué tombant dans le ciel vers l'eau, noué au corps de l'Arbrhëlice, je me suis levée et j'ai marché nu pieds jusqu'à l'écharpe blanche qu'il m'avait confiée. J'en ai ceint ma taille, l'ai nouée autour de mes flancs pour éprouver le léger rugueux apaisant de la laine claire. Puis je me suis étendue à nouveau, dos contre l'eau verte veloutée et ses mains étaient cachées sous le blanc ruban large, là, contre mes reins de douleur. L'une d'elles a quitté le creux pour venir me donner en coupe pleine l'eau fraîche et claire qui apaiserait mon mal.
Toute la nuit j'ai bu de lui, toute la nuit j'ai été bercée de sa main sur mon flanc et toute la nuit je suis restée enroulée dans la laine tricotée pour son cou.
Ce matin la douleur est lointaine et je la vois partir en la remerciant, d'un mal elle était devenue un bien, un point d'eau douce.