La couleur

Publié le par Llunet

Finalement, je n'ai lu hier soir que très peu Ethan Frome pour revenir rapidement à mon Dictionnaire des symboles, bien m'en a pris...

>Et ce matin, j'ai rencontré le MONOCHROME de thierry Alvés, allez le regarder autant que le lire, ceci et le reste, si vous ne connaissez pas encore.

Ce que je trouve assez réjouissant, c'est que, après avoir lu "Rouge" dans le fameux dico cité au-dessus, j'ai pensé cette nuit, juste avant de plonger dans le sommeil, à une suite de mots rouges de signification : sang, feu, baisers d'amants, dedans du ventre, fureur, cornaline, blessure, muleta... Je ne les ai pas vus écrits à proprement parler mais je les percevais, ils étaient comme à la fois le mot lourd et flottant et l'objet désigné, chacune de ces présences me paraissait tissée de velours, pas pour la douceur de l'étoffe, mais pour son côté vaguement sable mouvant, quand la main qui la caresse ne peut s'en déprendre, s'y perd et en conserve après coup l'émotion humide, lisse mais hérissée des minuscules fibres moirées attirantes.

Alors dans la tournée matutinale de mes favoris, je suis tombée en arrêt ravi sur cette magnifique suite de "rouge" dans toutes ces langues. Ces mots sont d'une sensualité incroyable, on a envie de les répéter en litanie, ils font honneur à tout ce qu'ils doivent définir : "rouge vif, diurne, solaire" de l'action, ou rouge sombre, "nocturne, femelle, secret..." et ils pointent d'un doigt précis la douleur que je sens, là, dans mon ventre, aujourd'hui que le rouge sombre s'en écoule. 

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Publié dans Automne 2003

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