La plongée

Publié le par Llunet

Je lui écrivais tout à l'heure que je me balance doucement au-dessus de lui, suspendue minuscule et nue au plafond de l'institut où il travaille et il m'a répondu qu'il donne de l'élan à ce petit corps imaginaire que je revêts lorsque je lui fais mes discrètes visites.

Ainsi, de son index levé au dessus de sa tête, il me pousse délicatement et j'oscille d'avant en arrière, je descends progressivement vers ses cheveux, attirée par leur odeur de nid d'oiseau débordant de graines nourissantes, de plumes et d'envolées débutantes.

Mes jambes se tendent et s'arriment aux douces boucles sombres, mes mains agrippées au fil prêté par une araignée sont douloureuses et j'étire mon corps pour m'ancrer à l'arbre. Je peux enfin me poser sur ses cheveux, lui parler sans mots, m'étendre et m'abîmer dans les profondeurs de kératine car le nid est aussi d'eau et de terre et je nage et ressens les courants telluriques du corps immense qui me porte. Je lui dis en retour la chaleur de mon ventre et le rebondi des fesses de femme, je lui fais sentir l'ondoiement de la rousseur et la douceur des hanches roulées, je lui donne un peu de la rosée de mon eau femelle et dépose de fins baisers sur la peau délicate de son crâne, je penche un peu la tête vers son front et l'aveugle de mes cheveux longs et s'il veut m'attraper je me retire d'un bond en arrière pour continuer les roulades qui offrent un lustre sans pareil à ma peau. Ses boucles sont des cercles où plonger habilement et la naissance de sa nuque une vertigineuse descente vers l'intérieur de ses vêtements, cependant aujourd'hui je n'ai pas envie de m'enfermer si loin et c'est ainsi que lorsqu'un sien collègue s'approche trop, je reste immobile sous la surface odorante et m'endors bercée par les mouvements de la tête de mon bien-aimé

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Publié dans Printemps 2005

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