Envoûtement

Je me suis déjà posé la question de savoir pourquoi, malgré le fait qu'à présent presque tout le monde connaît l'ampleur de la crise écologique, pourquoi, donc, ce même "tout le monde" continue sans sourciller à appliquer les mêmes recettes du suicide planétaire.
J'ai toujours été de sensibilité écolo mais sans vraiment passer à des actes qui me feraient me sentir mieux en accord avec moi-même et avec ma planète. Et à l'usage, je vois que ce n'est pas compliqué du tout, bien plus économique et si bon pour le moral. Ce qui suit est d'une simplicité d'application enfantine, même pour moi, c'est même pas la peine d'avoir voté pendant des années pour Dominique Voynet et d'avoir des dreadlocks sur la tête, alors quoi ?!
Je n'ai plus la télé, pas de téléphone portable, mes produits cosmétiques et d'hygiène sont le savon d'Alep, les huiles végétales, les beurres végétaux, les huiles essentielles, la pierre d'alun, mes produits ménagers sont le vinaigre blanc, les cristaux de soude, les huiles essentielles encore (à partir de plantes issues de cultures pour ne pas prélever dans la nature sauvage), le savon de Marseille, au lieu de faire 600 kilomètres aller-retour en voiture, je ne la prends que pour aller à la gare à 40 km et faire mon trajet tranquille à bouquiner, je n'ai pas de sèche-linge ni de lave-vaisselle, j'économise autant que je peux l'eau, y compris aux toilettes, je vais à pied faire mes courses au marché (s'il n'est pas bio, c'est pas grave) et les trajets maison-école se font aussi à pied, je limite les achats en supermarché mais j'y vais quand même car je ne suis pas auto-suffisante, je vais semer de quoi faire un potager, je composte mes déchets organiques et trie le reste, j'ai l'intention d'utiliser des couches lavables au cas où j'aurais un autre enfant...
Pour le potager et le compost, il est clair que si j'habitais en ville je ne pourrais pas mais il y a tout le reste et je promets que c'est simple comme bonjour. J'ai Internet mais il est vital : c'est là que je prends les nouvelles, que j'échange, que je participe à des cyber-actions, des forums, c'est là que j'apprends un tas de choses, que j'achète certains bouquins et des produits que j'ai du mal à me procurer en montagne...
Il ne s'agit pas de renoncer à tout (le commerce n'est pas en soi un mal, c'est au contraire une des bases des relations humaines, "avoir commerce avec" n'est pas une expression galvaudée) mais de se limiter en fonction de ses besoins réels, qui, si je ne me trompe pas, ne devraient pas être si planétivores qu'on essaie de nous le faire croire. La mutation écologique individuelle peut être très rapide, la preuve.
Mais si le politique est incapable de le lire sur les habitudes françaises et dans les urnes, comment voulez-vous que la mutation écologique se fasse à grande échelle, comme la Terre nous y presse ?
La réponse à ma question du début réside sans doute en partie dans ce bouquin : La sorcellerie capitaliste
On y parle de Starhawk, (Ce que nous essayons de faire) et de la capitulation du politique devant les appareils du capitalisme sauvage et on comprend pourquoi est possible le schéma : - je regarde un documentaire sur l'eau si précieuse et qui va devenir objet de guerres - j'en ai les larmes aux yeux - une fois l'émission terminée, j'éteins ma télé - je me brosse les dents à grandes eaux - je fais pipi et tire une chasse de 10 litres d'eau que viendraient boire à même les toilettes des tas de gens sur terre. Nous sommes parfaitement envoûtés sans même vouloir nous l'avouer et agir en conséquence.
N'allez pas imaginer que c'est parce que j'applique des mesures chez moi que je me sens parfaitement à l'aise, je sais que nous sommes tous partie prenante d'un système, que si nous ne sommes qu'une poignée à tenter de limiter un peu nos impacts, cela ne mènera à rien, c'est pourquoi je me demande si j'aurai un autre enfant, ce qui serait un cadeau empoisonné, pour lui et pour sa Terre. J'espère, quoi, mais j'attends de voir.
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