Un poema en castellano
J'ai repris hier le chemin des ouvrages en castillan, je l'avais laissé, me sentant vaguement coupable d'avoir abandonné, quelques années auparavant, celui qui aurait dû s'achever sur un concours obtenu. J'avais comme honte de poser mes yeux sur des mots trahis, j'avais remisé romans et recueils de poésie.
Mais la lecture de Triplex Nomine m'a encouragée et remis le pied à l'étrier, j'ai maintenant comme une fringale de poèmes castillans, surtout, et en particulier de ceux de Vicente Aleixandre, poète espagnol surréaliste né à Seville et ayant commencé à publier au milieu des années 1920.
Je viens de voir que Triplex a mis en ligne un poème de Lorca, il est traduit du castillan, celui que j'ai recopié est d' Aleixandre mais il n'est pas ici traduit car je ne possède pas encore de traduction de cet auteur et je ne me sens pas capable de tenter le coup. Alors ceux qui ont juste des notions d'espagnol et qui savent comment il se prononce pourront tout de même apprécier la beauté du parler de Vicente Aleixandre, la chanson des mots et la beauté presque plastique de leur combinaison.
Je ne sais pas comment trouver le point d'interrogation à l'envers qui se place au début des interrogations, comme pour nous avertir qu'il faut prendre un ton différent, alors j'ai simplement mis un point (?) tout bête...
Se querían
Se querían.
Sufrían por la luz, labios azules en la madrugada,
labios saliendo de la noche dura,
labios partidos, sangre, ? sangre dónde ?
Se querían en un lecho navío, mitad noche, mitad luz.
Se querían como las flores a las espinas hondas,
a esa amorosa gema del amarillo nuevo,
cuando los rostros giran melancólicamente,
giralunas que brillan recibiendo aquel beso.
Se querían de noche, cuando los perros hondos
laten bajo la tierra y los valles se estiran
como lomos arcaicos que se sienten repasados :
caricia, seda, mano, luna que llega y toca.
Se querían de amor entre la madrugada,
entre las duras piedras cerradas de la noche,
duras como los cuerpos helados por las horas,
duras como los besos de diente a diente sólo.
Se querían de día, playa que va creciendo,
ondas que por los pies acarician los muslos,
cuerpos que se levantan de la tierra y flotando
Se querían de día, sobre el mar, bajo el cielo.
Mediodía perfecto, se querían tan íntimos,
mar altísimo y joven, intimidad extensa,
soledad de lo vivo, horizontes remotos
ligados como cuerpos en soledad cantando.
Amando. Se querían como la luna lúcida,
como ese mar redondo que se aplica a ese rostro,
dulce eclipse de agua, mejilla oscurecida,
donde los peces rojos van y vienen sin música.
Día, noche, ponientes, madrugadas, espacios,
ondas nuevas, antiguas, fugitivas, perpetuas,
mar o tierra, navío, lecho, pluma, cristal,
metal, música, labio, silencio, vegetal,
mundo, quietud, su forma. Se querían, sabedlo.