Les limaces
En nettoyant le petit jardin, je suis tombée sur une multitude de pistes nacrées tracées par les corps de quantités de limaces. Derrière les pots, c'est un entrelac ténu de ces filets de bave qui a réveillé ma crainte.
J'y avais à peine prêté attention cet été, mais là, c'était vraiment trop. Je sais, pour quelqu'un vivant à la campagne profonde et épousant souvent les courbes de la Mère Terre, c'est assez paradoxal. Seulement voilà, j'ai une peur panique des limaces et aussi des vers et des asticots, ni plus, ni moins. Je ne cille quasiment pas devant une araignée, je ne crains pas les serpents et les prendrais volontiers contre moi pour peu qu'ils ne soient pas venimeux. Par contre limaces/vers/asticots me font littéralement horreur.
Je ne porte bien sûr aucun jugement de valeur sur ces gentilles personnes, elles ont toutes une raison d'être là, à côté de nous, mais je ne peux supporter même leur simple vue, c'est d'un ridicule, parfois !
Exemple : en Corse, mon père, ma maman, mon frère et moi-même étions partis à la nuit tombée pour une ballade rafraîchissante. La nuit préparant sa rosée y était sans doute pour quelque chose : sur le chemin du retour, des petites formes sombres zébraient le chemin goudronné intact une heure auparavant. Je m'arrêtais net et un bref examen confirma mon horrible soupçon : ces formes étaient des limaces, des centaines de limaces partant en chasse lente ! Je sentis mon corps se raidir, un frisson innommable parcourir mon dos et comme de ces choses visqueuses, mollassonnes et baveuses rampant sur mes orteils... Dans un hurlement, j'ai supplié mon père de me prendre dans ses bras et de me porter jusqu'à l'hôtel pour le retour. L'idée de louvoyer entre ces gastéropodes m'était insoutenable et celle d'en écraser constituait une torture.
Je crois tout de même que ce qui me fait le plus peur, ce sont les vers, celui qui en aurait dans les poches pour les disposer sur mon chemin, aurait la clé de mon hystérie. Quant aux asticots, j'ai rarement l'occasion d'en croiser mais je sais que ce sont ces bestioles qui s'occupent en partie de notre recyclage fertilisant, je réalise donc que c'est couvert de ces petits animaux gras et grouillants que mon corps de vieille dame (j'espère qu'il s'agira d'un corps vieux, mais on ne sait jamais) terminera sa carrière. La conscience de ces choses a peut-être à voir avec mon horreur, j'ai la crainte de ce qui est mou, qui se tortille et se faufile sur les corps des gens endormis dans les près ou qui naît dans les chairs mortes... Ceci dit, ce n'est pas bien handicapant, comme phobie et ça me fait des tas de souvenirs mi-angoissants, mi-comiques.
Pour revenir aux gastéropodes, j'ai déjà essayé l'anti-limace mais, au saut du lit, le spectacle de désolation offert par ces cohortes de petits cadavres révulsés m'a tellement soulevé le coeur que j'ai renoncé à mon petit-déjeuner et à l'idée d'un jardin potager.