Hier

Publié le par Llunet

Hier, j'ai marché sans m'en apercevoir, comme endormie et bercée, les yeux fixes dans une forêt antique aux (h)êtres séculaires et aux cèdres puissants. Mes jambes me portaient, mes yeux paraient aux cailloux mais j'étais en même temps ailleurs, ici et là. Je me sentais capable de parcourir des centaines de kilomètres de mes compas, les choses défilant sur mes côtés, comme dans ces scènes où les acteurs sont dans une voiture qui ne bouge pas mais où on fait défiler un décor pour rendre le déplacement.

Je me suis éveillée lorsque je me suis trouvée au pied du cèdre, il était gigantesque, immense, et ses branches/bras pouvaient me balayer, je savais que sa tête tout là-haut me regardait, il était immobile, bien sûr, mais je percevais son mouvement intérieur, sa sève se préparant pour la froide saison ralentissait. Je sentais son pouls battre quand je pressais petitement le tronc si dur si droit, mes deux bras n'y suffisaient pas, moi qui aurais voulu l'englober totalement. Je savais que sa sève se faisait plus lente mais qu'elle resterait tout aussi bouillante et vive dedans pour attendre le chaud. J'avais besoin de laisser mes mains se griffer à son écorce et je pressais, pressais, mon visage et tout. Les racines profondes dessinaient un arbre souterrain à l'envers avec la terre pour ciel et le ciel pour terreau et le tronc pour axe viril et aussi pour fourreau. Tout se mélange Lui, Ciel et Elle, Terre, tout se communique et me communique. Je pleure, discrète miraculeusement. Je mélange les temps, pardon, tant pis. J'ai tout gardé en moi sans rien laisser paraître.

Puis le soir, le cèdre me reprend quand je Lui parle et je me pleure de joie. Je veux lui dire dire mais pas trop, doucement et lentement pour qu'Il me garde et me communique encore, me caresse et me donne et que je lui donne encore et le caresse...

Publicité

Publié dans Ete 2003

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article