Problème

Publié le par Llunet

Oui, il y a un problème, et de taille pour ce que je persisterai à appeler l'Education Nationale dans notre pays.

En effet, lisez ce que Plume a posté sur le forum d'Esoterika (là, je fait du copiage pur et dur, oui, je fais comme Asa, qui a eu l'idée de mettre cette intervention sur son blog, même si je suis loin d'avoir le même nombre de lecteurs qu'elle, c'est pour la bonne cause, alors...).

Si vous voulez, vous pouvez faire passer, en citant Plume.

"Ecrit le: 17/05/03, 00:05

Salut à vous,

Le ton de ce topic risque de vous surprendre venant de moi. Mais les choses en sont rendues à un tel point que je suis prêt à utiliser n'importe quel espace d'expression pour dire ce que j'ai appris ces derniers jours, et pour aider, autant que je peux, à faire comprendre ce qui se passe en ce moment.

Je vous propose de partir sur des bases simples.

Comme plusieurs des membres de ce forum, je suis prof. Comme beaucoup de jeunes profs, je ne suis ni syndiqué, ni même politisé à proprement parler.

Si vous suivez un peu l'actualité, vous avez peut-être remarqué qu'on y évoque des grèves régulières dans l'enseignement public. Ponctuellement, on parle aussi d'établissements ( collèges, lycées, écoles primaires ) entrés en grève reconductible.

On ne sait pas forcément pourquoi. Beaucoup pensent que c'est au sujet de la réforme des retraites - et pour cause, le calendrier des réformes est fait pour ça. On imagine donc qu'une fois de plus, les profs, fonctionnaires parmi les plus réfractaires à toute modification de leur statut, descendent en si grand nombre dans la rue pour sauvegarder égoïstement leurs petits avantages corporatistes.

Parfois, on entend aussi dire qu'ils manifestent contre la "décentralisation" . Personne ne sait trop ce que c'est. On imagine que c'est là une bricole qui chagrine les enseignants parce qu'ils sont chagrins de nature, et qu'ils adorent battre le pavé pour des trucs dont finalement tout le monde se cogne.

Les médias font tout le nécessaire pour aider à cette appréciation : les enseignants interrogés au hasard des manifs paraissent choisis tout exprès : ils puent le sentimentalisme gaucho et la bénignité à plein nez, et balancent l'une après l'autre les images d'Epinal qui font que depuis si longtemps on croit que les profs ne sont rien d'autre que de grands enfants naïfs, plus prompts aux caprices qu'à la réflexion, et désespérément incapables de pragmatisme.

Bon. Je suis au regret de vous dire que ce n'est pas entièrement faux. Il y a effectivement parmi les enseignants de grands enfants naïfs qui croient que ce qui se passe en ce moment, c'est qu'un méchant-Ministre-de-droite a décidé qu'ils travailleraient tellement longtemps qu'un jour ils devraient aller assurer leurs cours en déambulateur.

Comme souvent, la réalité est autrement plus amusante que ce qu'on en voit à la télé.

Je vais essayer d'être clair.

J'ai une pile de documents, là, sur le bureau à côté de moi. Des documents pour la plupart issus de sources gouvernementales, ou des instances européennes. D'autres se contentent de relater froidement des faits établis. Toutes choses vérifiables en quelques clics : l'Etat a ses sites officiels.

Je n'ai pas encore eu le temps de les dépiauter et d'en faire une belle synthèse documentée - ce sera le cas dans deux jours - mais pour le moment, je peux déjà vous en résumer l'idée générale.

Ce sont ces documents et ce qu'ils révèlent qui ont motivé une partie de mes collègues ( et leur nombre s'accroît semaine après semaine ) à entrer en grève de façon prolongée ( et, soyons clair, à avoir déjà perdu pour certains près de la moitié de leur salaire mensuel ) depuis les premiers jours d'avril. Un mois déjà...

Prêts ? Je vous fais le topo.

En 2001, les pays de l'Union Européenne ont signé à Lisbonne un accord stipulant que les services dépendant de l'Etat ( eau, électricité, enseignement, santé... ) devaient être considérés comme des services commerciaux - et que par conséquent ils devaient être à terme ouverts à la concurrence.

Eh bien, bonne nouvelle : c'est ce qui se passe. C'est déjà le cas pour l'eau, comme vous savez. Pour EDF-GDF, c'est en cours. Et pour l'enseignement, le chantier fait des pas de géant. Ne perdez pas patience quant à la santé : les médias annoncent déjà un nouveau trou de la sécu que le gouvernement en place va certainement trouver le moyen de rattraper

Le principe est le suivant : les services coûtent cher à l'Etat. Pour s'aligner sur les exigences budgétaires européennes, il est impératif de réduire ces coûts ; d'autre part, des accords comme celui de Lisbonne contraignent les pays signataires à renoncer à la situation de monopole impliquée par l'existence de services publics gérés et financés par l'Etat. Deux bonnes raison de lâcher lesdits services, et de laisser des investisseurs privés prendre le relais.

Restons-en au cas de notre système d'enseignement : comment les choses se passent-elles, concrètement ?

La "décentralisation" en constitue le premier moyen : on refile le bébé de l'éducation aux collectivités locales : à elles de financer le fonctionnement des établissements scolaires, et d'en gérer le personnel. Que ceux qui paient des impôts locaux lèvent la main. Que ceux qui habitent dans des régions paumées ou sinistrées fassent de même...

Les collectivités territoriales n'ont pas de budgets pharaoniques à gaspiller : il faut donc que le système d'enseignement soit rentable ( les gens qui ont rédigé ces textes officiels adorent ce mot, "rentable"... ). Comment y parvenir ? D'abord en réduisant à leur tour les coûts de fonctionnement au maximum. Ensuite en adaptant l'enseignement aux besoin des entreprises de leur bassin d'emplois ; pour s'assurer que c'est bien le cas, les membres de la chambre de commerce et les industriels locaux ont désormais voix au chapitre en matière de choix éducatif. Et pas qu'un peu.

Quand on connaît les besoins en emploi d'un secteur comme le mien, on se demande bien quel besoin il y aurait de "former" les mômes à quoi que ce soit, mais passons.

Par ailleurs, que deviennent les employés formés pour tel type de secteur industriel quand les entreprises qui les embauchent sont délocalisées ou font faillite ( ce qui arrive parfois, vous l'aurez noté ) ? A vue de nez, pas grand chose.

Tirons encore un peu le fil.

Si vous avez bien suivi, chaque localité se retrouve libre d'adapter l'enseignement à ses besoins plus ou moins immédiats. En termes clairs, cela signifie que le contenu des enseignements n'aura plus besoin d'être le même d'une localité à l'autre.
Cela signifie aussi que la qualité de l'enseignement est susceptible de varier énormément d'un point à l'autre du pays.
Cela signifie enfin qu'il devient impossible d'évaluer les élèves selon des critères nationaux. En clair, le bac ne sert plus à rien, puisqu'il n'existe plus de programmes nationaux d'enseignement.

Si le bac n'est plus utile à quoi que ce soit, comment va-t-on décider de l'entrée de tel ou tel élève dans tel ou tel établissement du supérieur ? En fonction de la réputation de son établissement d'origine ? C'est une idée.

La notion d'égalité en prend un sacré coup, avouez.

Vous me direz : puisque c'est si gros, comment peut-on espérer faire passer un truc pareil à l'Assemblée ? Et d'ailleurs, comment un tel truc peut-il passer inaperçu ?

Question judicieuse. La réponse, elle, est assez surprenante.

Ces mesures ne font l'objet d'aucun projet de loi, et ne seront pas débattues à l'Assemblée. Elles ont été décidées dans le cadre de la Comission Européenne, pour raisons d'harmonisation budgétaire, et n'ont donc pas à être mises en discussion dans un cadre national. Il n'y a qu'à les appliquer - sans consulter qui que ce soit.
En somme, ce sont des décrets. Pas des lois.

Bon, il est tard. Je m'arrête temporairement là, mais il y a encore bien des choses dont je dois vous parler. Tout ce qui précède n'est qu'un premier débroussaillage. Et ce que je ne peux pas vous raconter ce soir est au moins aussi captivant, sinon plus, que ces petites pistes de réflexion.

Je vous reprécise que tout ce que vous avez pu lire est étayé par des documents officiels émanant soit d'instances nationales, soit d'instances européennes.

N'hésitez surtout pas à réagir, je me ferai un plaisir de repréciser les points obscurs au fur et à mesure.

Ad Majorem Civitatis Gloriam !"

Voilà, édifiant, non ? Faut pas laisser faire ça, hein ?!

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Publié dans Printemps 2003

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L
Oh pardon sellig, je vous ai tutoyé alors que je ne sais pas si vous le voulez ou non, c'est vrai que sur le net, j'ai tendance à tutoyer facilement, alors que dans la "vraie" vie, je suis très longue ! <br /> 2003-05-19 22:41:25
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L
Oui, contacte-moi en cliquant en haut à droite et je me ferai un plaisir de te la communiquer en privé.A bientôt ! <br /> 2003-05-19 15:00:47
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S
Bonjour,Cette contribution sur l'Education nationale est très juste. Serait-il possible d'avoir l'email de Plume ?Merci d'avance ! <br /> 2003-05-19 11:25:08
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T
Et beh !Edifiant en effet. <br /> 2003-05-17 21:11:02
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T
Eh oui ! édifiant!!!! Cependant cette privatisation déguisée, existe déjà depuis plus de 10 ans. ( certains gouvernements de gauche y ont participé!).Tout le monde semble s'en foutre ou ne pas comprendre que l'on se dirige vers un mur.Dans ce cas il s'agit de l'éducation ( qui est une marchandise pour l'omc), puis il y a l'énergie......Le pire c'est que l'on sait que privatiser ces services ne marche pas . C'est comme si l'on privatisait la notion même d'Etat, ( je me demande si ce n'est pas déjà fait).Les services publics sont aussi le ciment d'une société. c'est une partie du pacte qui fait que les gens acceptent de vivre ensemble. confier cela au privé ,serait un recul dans l'évolution vers le progrés, d'ailleurs le marché est un frein à l'avancée de l'espèce humaine dans son ensemble, dans la mesure ou tout repose et est limité par le profit, .....Mais je me fais long. <br /> 2003-05-17 18:06:25
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