L'argile se refuse à mes doigts

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Mes oreilles hurlent, mes doigts se déchirent sur le gravier, je ne trouve pas la terre rouge et ne vois plus loin que ce sable ocre furieux de moi qui me roule dans lui, alors pour l'aider à devenir argile façonnable, je laisse mes larmes colériques l'arroser et je voudrais pouvoir y mêler l'eau salée de mon corps nu si je ne craignais de voir arriver un de ces quelconques butors en treillis kaki. Je voudrais y mêler ce sang noir de putréfaction rageuse qui sort de mes veines séparées de Lui et par suite le calciner dans mon four en une figure infernale consacrée aux Dieux de la Fureur. Pour elle, je reconstruirais un autel où jamais aucune fleur ne viendrait en offrande. Je prendrai tout à l'heure un gentil bain civilisé, un bain d'eau colorée de cette terre que je hais passagèrement de se refuser à moi mais je sais que je sortirai de ces eaux lustrales avec l'idée intacte d'une sculpture faite de sang et terre mêlés en brûlure violente, une déesse aux yeux d'obsidienne.
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Publié dans Printemps 2004

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