Les ronds dans l'eau
Quand je lis ses mots d'eau saccadée, je deviens fluide. Je suis l'eau bleue d'encre noire de cet antique bassin creusé dans le jardin et qui fascinait l'enfant que j'étais.
Je vois le poème-nuée suspendu au-dessus de mes yeux, chaque lettre immobile me regarde à demi-mot, je tends mon visage liquide vers le flot retenu et c'est la première goutte qui tombe : A, puis i, puis... et soudain c'est précipitation ! Sur moi s'abat la pluie de perles nerveuses, l'ondée crible ma surface lisse, provoque des cercles sur ma peau d'eau et ce sont des bracelets concentriques qui se dilatent en ampleur lente.
Mon épiderme fond pour laisser chaque bracelet s'incorporer à mon ondoyant corps aquatique. Le bassin devient alors puits sans fond, abîme de peurjoie et profond plaisir. Mes eaux mouvementées se font instant de rivière, moment de torrent, temps d'océan fertile de sève et d'eau femelle et je rejoins le flux de ses vagues.