Plus de cigarettes

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Là, oui là, maintenant, en cet instant même qui pour un instant va durer un peu, je le sens, je suis dans un sale moment, je ris toute seule de la drôle de tournure de cette phrase mais je ris jaune et je laisse comme ça.

Je suis seule dans cette maison  et je devrais être attablée dans mon atelier et bosser ou je devrais être ici assise à ce bureau et au lieu de taper ce couillon de texte qui n'aura d'intérêt que pour moi, je devrais être occupée à donner des coups de fil pour essayer de présenter mes premières "productions" dans des rendez-vous qui n'existent pas encore mais qui me font déjà peur.

Là, oui là, maintenant, je me ronge les sangs car je n'ai plus de cigarettes,  je me trouve à un quart d'heure du premier bureau de tabac et la voiture est partie, j'ai déjà épuisé les ressources que sont les copains ou les voisines fumeurs qui m'ont déjà avancé des tonnes de cigarettes que je leur dois toujours, je ronge et détache les cuticules de mes doigts, je mords l'intérieur de mes joues et ça fait mal. J'ai déjà fumé tous les mégots de mes cendriers devant une musique que l'Hëlice m'a fait connaître, ces tarentelles sont fort surprises de me voir dans cet état peu avantageux, elles pourtant si belles ne parviennent pas à me faire du bien, au contraire, elles me donnent encore plus envie de fumer. J'ai terminé tous les beedies, les ai sucé jusqu'au bout, jusqu'à me brûler les doigts.

Bon j'arrête l'étalage misérabiliste qui me fait sourire moi-même pour m'affairer à du rangement, faire un bon plat pour le garceliléo, me remettre à travailler à mes créatures, lire, aller me balader...  (Cocotte : ben t'as l'air fin, maintenant, pour quelqu'un qui disait d'une voix flûtée haut perchée de détestable assurance : "oh pour moi les cigarettes ce sera toujours du plaisir, je n'irai jamais jusqu'à m'esclavagiser moi-même" !)
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Publié dans Printemps 2004

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